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Liberia : Samuel Doe est torturé à mort

9 septembre 1990

Quelle inconscience a poussé Samuel Kanyon Doe à s’aventurer dans les rues de Monrovia ce 9 septembre 1990 ? Depuis juillet, le président libérien vit terré dans son palais de Mansion House. Lancée dans le nord-est du pays en décembre 1989, la rébellion du National Patriotic Front of Liberia (NPFL) de Charles Taylor a conquis l’essentiel du territoire et contrôle déjà une bonne partie de la capitale. Pour tenter de desserrer l’étau, le général-président s’est rapproché de Prince Yealu Johnson, un dissident du NPFL qui a créé l’Independent National Patriotic Front of Liberia (INPFL).
Doe est un homme avisé. N’a-t-il pas déjoué tous les complots depuis sa prise du pouvoir en avril 1980 ? Mais la proposition de rencontre que lui a transmise Prince Johnson est alléchante, puisqu’il s’agit de mettre au point un plan d’action commun contre Taylor. Il est d’autant plus confiant que le rendez-vous a été fixé au quartier général de l’Ecomog, la force d’interposition que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a dépêchée en août dans le pays. C’est néanmoins accompagné d’une imposante escorte qu’il quitte Mansion House le 9 septembre pour se rendre au QG des soldats ouest-africains. À peine descendu de sa voiture blindée, il est fauché par une salve de fusils-mitrailleurs. On lui a tendu un piège. Doe, blessé aux jambes, est entraîné dans le bâtiment de l’Ecomog. Les combats entre les soldats du président, qui tentent de récupérer leur chef, et les rebelles dureront une heure, sous le regard horrifié des Casques blancs, tenus en respect par les hommes de Prince Johnson. On dénombrera 64 morts.

Le calvaire du prisonnier ne fait que commencer. Conduit dans le quartier de Bushrod Island, fief de l’INPFL, Doe est mis à mort après avoir subi les pires tortures. Son cadavre mutilé est exposé à la curiosité des habitants des environs. Samuel Doe a connu une mort atroce. Comme celle que cet ancien sergent-chef a infligée en 1980 à son prédécesseur, William Tolbert, et aux membres de son gouvernement, abattus sur une plage de Monrovia après avoir été traînés nus dans les rues de la capitale.
Là est d’ailleurs l’une des clés du conflit libérien. Depuis la fondation du pays, en 1847, la vie politique était dominée par les descendants d’esclaves affranchis venus des États-Unis. L’accession au pouvoir de Doe, membre d’un groupe « autochtone », les Krahns, avait mis fin à cette domination. Or Taylor, s’il est appuyé par les Gios, l’ethnie de sa mère, est essentiellement un Américano-Libérien. Son combat s’apparente à une revanche pour cette communauté.

En attendant, à la mort de Doe, le conflit opposant les fidèles de l’ancien président au NPFL redouble de vigueur. Des chefs de guerre créent des factions dissidentes, le pays est à feu et à sang. Il faudra attendre 1996 pour que soit acceptée la tenue d’un vote sous l’égide de la Cedeao. Porté à la tête de l’État en juillet 1997 à l’issue d’un scrutin contestable, Charles Taylor mettra le pays en coupe réglée, tout en alimentant le conflit en Sierra Leone voisine, où il tirera profit du trafic d’armes et de diamants. Mais il sera à son tour confronté à plusieurs rébellions, qui conduiront à sa chute en 2003. Deux ans plus tard, en novembre 2005, la page de quinze ans d’une guerre civile qui aura fait près de 300 000 morts et 1 million de déplacés se tournera avec l’arrivée au pouvoir, démocratique cette fois, d’Ellen Johnson-Sirleaf.
Charles Taylor sera rattrapé par la justice. Arrêté en octobre 2007 au Nigeria, où il avait trouvé refuge, il a été extradé vers La Haye pour être jugé par le Tribunal spécial des Nations unies pour la Sierra Leone. Quant à Prince Johnson, il est toujours en liberté. Il siège même au Sénat

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