Économie

Depuis Abidjan, Cécile Fakhoury veut créer un marché de l’art contemporain africain

Dans sa galerie du boulevard Latrille, à Cocody, lors de l'installation des oeuvres de Cheikh Ndiaye. © Nabil Zorkot

Depuis l'inauguration de son espace, en septembre, la galeriste lance déjà une troisième exposition. Un nouveau coup de maître.

Fille de galeristes parisiens, Cécile Fakhoury a grandi dans un quotidien baigné d’art. Plus tard, en même temps qu’elle menait à bien son cursus estudiantin – un master en économie et des études d’histoire de l’art, puis un 3e cycle en commerce de l’art contemporain à l’Institut d’études supérieures des arts (IESA), à Paris -, la jeune femme a continué, de musées en expositions et jusque dans leurs ateliers, à aller à la rencontre des artistes. Tout en enchaînant les stages dans des galeries ou des salles des ventes, notamment chez David Zwirner, à New York, Chantal Crousel ou Sotheby’s à Paris. Mais c’est à Abidjan, où elle venait régulièrement depuis dix ans, que la trentenaire, belle-fille de l’architecte ivoiro-libanais Pierre Fakhoury, a choisi de se poser et d’ouvrir sa propre galerie : 600 m2 répartis en deux espaces (intérieur et extérieur) zen et épurés, entièrement consacrés à la création contemporaine.

Propos recueillis à Abidjan par Baudelaire Mieu

Jeune Afrique : D’où vient votre intérêt pour l’art contemporain ?

Cécile Fakhoury : Pour l’art en général, il vient évidemment de ma famille et de mon éducation. Très jeune, je passais beaucoup de temps dans la galerie de mes parents, je les accompagnais dans les musées, les ateliers… Mais en grandissant, j’ai pris conscience que, au-delà de l’art moderne que présentaient mes parents, ce qui m’attirait était l’art d’aujourd’hui, celui qui nous parle de nos sociétés. J’avais une quinzaine d’années quand j’ai commencé à m’y intéresser et j’ai été vite fascinée par cette vision singulière qu’ont les artistes contemporains sur leur société. J’ai commencé toute seule à visiter des expositions d’art contemporain, puis à trouver des stages. C’est une passion qui m’est très personnelle. Mon père a une galerie d’art moderne et sa spécialité est différente de la mienne en bien des points. Nous n’avons pas la même manière de travailler.

Pourquoi avoir choisi Abidjan ?

Cela fait dix ans que je voyage en Afrique et que je connais la Côte d’Ivoire. Je me suis installée à Abidjan pour des raisons personnelles et pour monter mon projet – y ouvrir la première galerie d’art contemporain – parce que c’est l’une des scènes culturelles les plus fortes, les plus actives d’Afrique. Mon objectif est de donner plus de visibilité aux artistes et de participer à la création d’un véritable marché de l’art contemporain, en Côte d’Ivoire et sur le continent. Même s’il ne se développera pas du jour au lendemain.

Compte tenu de la situation de crise qu’a connue le pays, je pense qu’il faudra attendre au moins cinq ans pour que s’installe vraiment l’intérêt pour l’art contemporain de la part du grand public, des professionnels et des acheteurs, ivoiriens et étrangers, et pour que l’on puisse parler d’un vrai démarrage du marché. Mais, déjà, on sent un dynamisme incroyable à Abidjan. Outre l’inauguration de ma galerie, la Fondation Charles Donwahi pour l’art contemporain a rouvert avec, elle aussi, de nouveaux projets. Et, projet après projet, je suis persuadée qu’on est en train de construire quelque chose de grand. C’est une aventure collective, qui, bien sûr, passe par les artistes africains, mais pas seulement. Et j’insiste vraiment sur le fait que ma galerie n’est pas une galerie d’art contemporain africain, mais une galerie d’art contemporain en Afrique.

Je veux participer à la création d’un vrai marché de l’art contemporain sur le continent.

Pourtant, votre programmation 2012-2013 est pour le moment exclusivement africaine…

Parce que mes artistes étaient intéressants et avaient des propositions précises au moment de notre rencontre. Mais je consacre beaucoup de temps à la découverte, à voyager pour rencontrer les artistes, et il y en aura aussi d’autres continents – du Moyen-Orient, d’Europe, des États-Unis… – dans les futures programmations.

Et qui sont « vos » artistes ?

L’exposition inaugurale, « Aujourd’hui je travaille avec mon petit-fils Aboudia », du 15 septembre au 17 novembre 2012, a permis de présenter une série de toiles réalisées en collaboration par Frédéric Bruly-Bouabré [89 ans, grand maître et doyen de l’art contemporain ivoirien, NDLR] et Aboudia [29 ans, dont les oeuvres se vendent actuellement entre 2 000 et 10 000 euros sur le marché international]. Une façon de donner le ton de la galerie, dont les expositions seront à la fois personnelles et collectives.

Après l’« Appel de Lilian », la nouvelle série de l’oeuvre du photographe ivoirien Paul Sika [de début décembre 2012 à mi-janvier], c’est l’artiste sénégalais Cheikh Ndiaye qui a désormais investi la galerie, je dirais presque en « maître » des lieux. Cheikh a fait l’École nationale des beaux-arts de Dakar, puis celle de Lyon, et vit désormais à Berlin, où il a installé son atelier, mais je l’ai rencontré à Dakar. Il m’a proposé une série de tableaux et une installation, qu’il a créée dans la galerie. C’est ce qu’on appelle, en art contemporain, une oeuvre in situ, qui prend en compte le lieu où elle est installée.

Ferez-vous aussi une place aux peintres et plasticiens dont les oeuvres ne sont pas encore cotées ?

Ma programmation est ouverte à tous. Mon rôle de galeriste est de promouvoir des talents déjà reconnus localement pour leur donner une dimension internationale, mais aussi de découvrir et donner de la notoriété à de jeunes artistes en les aidant à travailler et à réaliser de bonnes expositions. Pas seulement dans ma galerie. Je veux d’ailleurs faire voyager les expositions au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire et du continent. D’autre part, que ce soit auprès de mes confrères, dans les salons internationaux, sur internet, etc., je mets en lumière des artistes dont l’oeuvre ou le projet en cours m’intéresse, sans qu’ils soient forcément exposés chez moi.

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