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Des femmes et des quotas

Vingt pour cent de candidates sur toutes les listes lors des élections législatives et municipales du 19 novembre.

En Mauritanie, la campagne pour les élections législatives et municipales du 19 novembre a été passablement tendue. Il s’agissait de la première consultation populaire organisée par les autorités de la transition depuis le renversement, le 3 août 2005, de Maaouiya Ould Taya. Mais la grande nouveauté, c’est le rôle qu’y ont joué les femmes. La nouvelle Constitution adoptée en juin 2005 à l’initiative du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) leur accorde en effet – c’est une vraie révolution – un quota de 20 % des sièges dans les différentes assemblées. Bon gré, mal gré, tous les partis doivent faire avec.
La Mauritanie est décidément un pays singulier. À la fois africaine et arabe, elle navigue à vue entre tradition et modernité et répugne tout autant aux excès de la religion qu’à ceux d’une permissivité débridée. Dans les villes, les boîtes de nuit sont peu nombreuses et la consommation d’alcool marginale. Émancipées sans être excentriques, les Mauritaniennes ne sont pas moins ambitieuses que leurs consurs du monde entier.
Il a fallu attendre 1975, décrétée « Année de la femme » par les autorités de l’époque, pour qu’elles commencent, timidement, à sortir de chez elles. Cette même année, l’une d’elles (Aïssata Kane) accède pour la première fois à une fonction ministérielle. Après l’instauration à Nouakchott, en 1979, d’un régime militaire dirigé par Mohamed Khouna Ould Haïdallah, premier président mauritanien à appliquer la charia, leur marche en avant connaît un brutal coup d’arrêt. Elle ne reprendra, à partir de 1984, qu’avec l’arrivée aux affaires de Maaouiya Ould Taya, mais davantage par de tapageurs effets d’annonce que par des actes concrets. En dehors des secteurs de l’éducation et de la santé, où elles sont nombreuses à travailler, les entreprises et les administrations ne leur ouvrent leurs portes qu’avec réticence. Et leur quotidien en est gravement affecté. Bien que l’âge du mariage ait été repoussé à 18 ans, le nombre des divorces reste en effet très élevé. Or, dans la plupart des cas, la justice confie à la mère le rôle de chef de famille. Et comme celle-ci se trouve presque toujours dans l’impossibilité de travailler, c’est la précarité assurée.
En 1992, un secrétariat d’État à la Condition féminine a été créé, en même temps que toute une série d’organismes de microcrédit en milieu rural et périurbain, avec le concours de partenaires comme le Pnud, l’Unicef ou l’ONG Oxfam. En 2001, en relation avec l’Initiative PPTE (pays pauvres très endettés), un Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) a été mis au point, dont les femmes sont censées être les premières bénéficiaires. Pourtant, en dépit d’un taux de croissance économique plus qu’honorable (3,9 %), les résultats de cette politique volontariste restent mitigés.
Sur le plan politique, la situation n’est pas vraiment plus favorable. Aucun gouvernement n’a jamais, par exemple, compté plus de trois femmes. Et toujours dans des ministères « sociaux » : Condition féminine, Santé, Famille, etc. Les secrétaires générales des ministères et les parlementaires ne sont pas plus nombreuses. La dernière Assemblée nationale, aujourd’hui dissoute, ne comptait, en tout et pour tout, que six femmes : trois dans la majorité et autant dans l’opposition. Les chiffres étaient identiques au Sénat.
« Il faut que les femmes soient là où les choses se décident », martèle Me Jemila Mint Ichidou, consultante et membre du comité de pilotage du projet pour la participation politique des femmes. Ce qui ne signifie pas que la chose soit aisée. « Dans la région du Tagant, explique Mounina Mint Abdellah, ancienne directrice de la promotion féminine, les tribus rechignent à laisser partir leurs filles, leurs surs ou leurs épouses. Et aucun homme n’acceptera d’être dirigé par une femme. Mais le fait est là : nous représentons la majorité de la population. Comment un pays en développement comme le nôtre pourrait-il se priver de la moitié de ses forces vives ? »
Même son de cloche chez Kadiata Malick Diallo, vice-présidente de l’Union des forces du progrès et tête de liste de ce parti à Nouakchott pour les législatives. « Le quota de 20 % des sièges qu’on nous attribue n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car c’est d’abord à l’administration de montrer l’exemple en favorisant l’émergence des femmes en son sein, avant de les lancer dans le grand bain électoral. L’argument des compétences qu’on ne cesse de nous opposer est ridicule. Des hommes incompétents, on en trouve qui dorment à longueur de journée dans nos administrations ! Et si les femmes manquent vraiment de compétences, eh bien, qu’on les forme. En tant que citoyennes, elles y ont droit. »
Quoi qu’il en soit, trois femmes étaient têtes de liste de leurs partis respectifs dans la capitale : Khadjetou Mint Dahmane (l’Alternative), Nouma Mint Mogueya (Rassemblement pour la démocratie et l’unité) et Djeinaba N’Diaye (Union pour la démocratie et le progrès). Dans le reste de pays, une seule était dans ce cas, Naha Mint Mouknass, la présidente de l’UDP (voir J.A. n° 2390). Laquelle – paradoxe – était d’ailleurs vivement hostile à l’instauration des quotas.

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