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Best-sellers et long-sellers

C’est un livre dont on a à peine entendu parler à sa sortie, au début de septembre 2006. Ignoré des critiques, il a échappé aux jurés des grands prix de l’automne. Sans faire de bruit, L’Élégance du hérisson (éditions Gallimard) de Muriel Barbery s’est pourtant peu à peu hissé en tête des classements pour totaliser (après une trentaine de réimpressions) quelque 200 000 exemplaires en huit mois.
Le succès de ce roman ne ressemble en rien à celui de ces best-sellers dont les ventes, déclenchées par une importante promotion, sont rapides, massives et, souvent, éphémères. L’Élégance du hérisson s’est vendu en catimini si l’on peut dire, grâce au bouche à oreille.
Pour décrire le phénomène de ces livres qui battent des records sur la durée, on a inventé le terme de long-seller. Les exemples abondent. Antoine Gallimard, le patron des éditions du même nom, citait récemment Belle du seigneur, d’Albert Cohen, sorti en 1968. Ce roman d’amour que d’aucuns considèrent comme le plus beau de la littérature française se vend à 60 000 exemplaires chaque année.
Parfois, c’est l’uvre entière d’un auteur qui connaît un engouement durable. Marguerite Duras a certes connu un succès phénoménal avec L’Amant (éd. de Minuit), prix Goncourt 1984 : 1 400 000 exemplaires vendus en librairie, plus 2 400 000 en clubs. Mais, chez Gallimard, où sont parus une bonne partie de ses autres textes, on a vendu 4 millions d’exemplaires de « Duras » depuis La Vie tranquille, en 1944. Et, chaque année, il s’en vend environ 100 000 exemplaires dans la collection Folio.
Quand nombre d’écrivains atteignent une énorme popularité avant de tomber dans l’oubli, certains ne se démodent jamais. Alexandre Dumas est de ceux-là. Cent trente-sept ans après sa mort, l’auteur du Comte de Monte-Cristo continue à être plébiscité par les lecteurs. Les éditeurs ne se privent pas d’exploiter le filon. En 2005, deux cent vingt de ses titres avaient été repris par soixante-quinze maisons différentes !
Mais s’il fallait attribuer la palme de la longévité à un roman, Don Quichotte l’emporterait haut la main. Le chef-d’uvre de Cervantès se vend sans interruption dans le monde entier depuis sa sortie il y a quatre siècles, en 1605.
Encore la fiction n’est-elle pas le seul secteur à faire le bonheur des éditeurs. Le magazine Livres Hebdo retraçait récemment l’histoire d’un ouvrage qui vit tranquillement sa vie depuis soixante-quinze ans, diffusé à 36 000 exemplaires en moyenne chaque année sans promotion particulière. Je sais cuisiner, de Ginette Mathiot, s’est vendu à 6,5 millions d’exemplaires depuis sa sortie, en 1932, chez Albin Michel. Comparable est le succès des guides pour jeunes mamans des éditions Horay. Traduits en soixante-deux langues, J’attends un enfant et J’élève mon enfant de Laurence Pernoud sont les « bibles » de millions de parents en France et dans le monde depuis leur parution en 1956 et 1965.
Beaucoup de livres qui se transmettent ainsi de génération en génération appartiennent au secteur scolaire ou parascolaire. Le « Bled » et le « Bescherelle » sont presque des noms communs. Il en allait de même pour le « Lagarde et Michard ». Ce manuel de littérature s’est vendu à plus de 20 millions d’exemplaires entre 1948 et le début des années 1990, lorsqu’il a été retiré du catalogue de Bordas. Réédité en 2003 sous la forme d’un coffret de 4 volumes, il a aussitôt connu un vif succès. Pour le coup, un long-seller était devenu un best-seller.

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