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Charter annulé pour Victorine

Par - Jean-Baptiste
Mis à jour le 23 novembre 2008 à 00:00

Jusqu’au 17 novembre, Victorine Dikobo Yakile, 35 ans, était l’un des 200 000 à 400 000 sans-papiers anonymes installés illégalement en France. Et puis, elle a été « invitée » à quitter le territoire par la préfecture des Hauts-de-Seine. C’est que Brice Hortefeux, le ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, a un objectif à tenir : l’expulsion au cours de cette année de 25 000 étrangers en situation irrégulière.
Victorine aurait donc dû être débarquée à Douala, dans son Cameroun natal, quitté il y a sept ans. « Je m’y serais retrouvée seule avec mes deux enfants en bas âge. Je n’ai là-bas que ma mère, à Yabassi, à une centaine de kilomètres de la capitale. Mais je n’y serais pas allée : elle fait de l’hypertension, mon retour l’aurait tuée », raconte la jeune femme. Au lieu de cela, elle est devenue, comme le dit Richard Moyon, membre du collectif Réseau éducation sans frontières (RESF), la « recordwoman du monde de vitesse de régularisation ». Un cas appelé à faire jurisprudence. En moins de 48 heures, en effet, la jeune femme a obtenu d’Hortefeux en personne l’autorisation de rester en France. Elle le doit à sa « situation humaine particulière », a expliqué le ministre sur l’antenne de RTL. À savoir : le décès d’un premier fils, Victor, qu’elle a eu avec un Français, en 2004. Mort trois mois après sa naissance, le nourrisson avait permis à sa mère d’obtenir, conformément à la loi, une autorisation de séjour d’une durée d’un an en qualité de « parent d’enfant français ». Cette autorisation, Victorine n’a pu la faire renouveler qu’avec « beaucoup de mal ».
Au début du mois d’octobre dernier, la jeune femme reçoit un avis d’expulsion : son bébé étant mort, le préfet estime qu’elle n’a plus rien à faire en France. Et d’autant moins qu’elle y a séjourné illégalement. « Je suis entrée en 2001 avec un visa touristique, j’habitais chez une amie. Puis j’ai rencontré le père de Victor et j’ai décidé de ne pas rentrer », raconte-t-elle. Par la suite, elle aura deux autres enfants avec un autre homme, sans-papiers lui aussi.
Grand seigneur, Brice Hortefeux a précisé que son « rôle [était] aussi de corriger les dysfonctionnements de l’administration » quand ils se produisent. « Il a surtout tenté d’étouffer l’affaire avant que le scandale n’éclate », commente Moyon, qui accuse le ministre de vouloir « faire porter aux préfets le chapeau d’une politique indigne ».
Le cas de Victorine met surtout en évidence le manque de lisibilité de la politique migratoire française, qui consiste à « faire du chiffre » sans négliger le cas par cas. Elle semble plonger dans des abîmes de perplexité jusqu’aux fonctionnaires chargés de l’appliquer.