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Du soap halva au filon marketing

Du Maghreb aux Émirats, le succès du feuilleton turc Nour est tel que de nombreux fans se rendent à Istanbul. Un voyagiste tunisien a même créé un circuit sur les traces du tournage du film. Succès garanti.

Par - Faïza
Mis à jour le 23 novembre 2008 à 00:00

L’exploitation marketing de Da Vinci Code a donné des idées à certains Après les voyages organisés sur les traces des sites parisiens du best-seller, voici un circuit spécial « Nour et Mouhannad », inspiré du feuilleton turc (voir encadré). Souheil Mouldi, voyagiste tunisien, en a eu l’idée à Istanbul l’été dernier, lors d’une croisière dans le détroit qui relie la mer Noire à la mer de Marmara. À la vue de l’un des yali (résidence sur la rive du Bosphore), le guide turc propose de s’en approcher, précisant : « C’est la villa de Nour. » Aussitôt, l’embarcation manque de verser à l’eau tant les passagères frétillent d’excitation.
Souheil Mouldi flaire d’emblée le filon marketing. Et, dès son retour à Tunis, il se met à préparer un voyage ad hoc : 780 DT (450 euros) « le circuit Nour et Mouhannad » de trois jours. Avec, pour clou du séjour, la visite de la fameuse villa où ont été tournées la plupart des scènes d’intérieur des quelque 160 épisodes du feuilleton fleuve. Une agence de voyages turque, Karnak, a loué les lieux dès avril 2008 pour s’en faire à s’en tour le promoteur. « Ils m’ont devancé », rit Souheil. La visite n’est pas donnée : 55 dollars (43 euros) l’entrée au tarif de groupe, soit le triple du prix d’entrée de la plupart des musées – les vrais – d’Istanbul.

« Nourmaniaques »
La demeure est plutôt banale au regard des résidences splendides alentour, mais les curieuses ne se soucient guère d’architecture ou de patrimoine historique, obnubilées qu’elles sont par leurs héros. Souheil s’est renseigné : Mouhannad ne se déplace pas à moins d’une centaine de milliers d’euros. Alors, on fait sans, en se contentant de la simple visite de la villa et d’une affiche du couple star du feuilleton à la sortie, cela suffit à attirer le chaland.
Le premier voyage, au début de novembre, a vite affiché complet : vingt-cinq touristes se sont inscrits. Moyenne d’âge 25 ans, et seulement deux hommes point jaloux qui accompagnent leurs épouses « nourmaniaques ». « C’est vrai que le feuilleton est une magnifique publicité pour Istanbul, reconnaît Rym, une Algéroise de 26 ans. Les décors sont magnifiques. » Travellings et zooms sur des paysages et sites de rêve ponctuent en effet les décors de tournage.
Les Maghrébines ne sont pas les seules à s’être amourachées de cette nouvelle idole, les femmes du Golfe sont tout autant hystériques. On estime entre 3 et 4 millions le nombre des téléspectateurs quotidiens rien qu’en Arabie saoudite. De mémoire de Stambouliote, on n’a jamais vu autant de ressortissants du Golfe. « Les épouses convainquent leurs maris d’acheter un terrain ou une villa ici », s’amuse un guide de la ville. Selon Turkish Daily News, le nombre de touristes arabes à Istanbul aurait bondi cette année de 30 000 à 100 000 (sur les 15 millions de visiteurs qu’Istanbul voit défiler chaque année), une évolution que le quotidien impute explicitement à l’image véhiculée par la série.