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Mickey, mixité et mariage : les fatwas loufoques

Par - Marianne
Mis à jour le 23 novembre 2008 à 00:00

Depuis 1989 et la condamnation à mort de l’écrivain britannique Salman Rushdie par l’ayatollah Khomeiny, le mot de « fatwa » résonne comme une menace. Ce n’est pourtant qu’un avis juridique pour trancher un problème théologique non traité par la jurisprudence islamique. La fatwa a donc une utilité concrète et porte sur des domaines aussi variés que la fiscalité, les interdits alimentaires ou encore le mariage. Mais, avec l’occidentalisation des modes de vie, les conflits entre la pratique de la religion et le quotidien se multiplient, et les réponses des muftis sont parfois assez insolites. En mai 2007, le théologien égyptien Ezzat Attia émet un avis sur la cohabitation professionnelle entre hommes et femmes, à ses yeux interdite par l’islam. Invoquant un obscur épisode de l’histoire sainte, le mufti préconise que les femmes qui souhaitent partager leur bureau avec un homme l’allaitent et deviennent ainsi « leur mère de lait ».
« Ce type de fatwa relève d’une conception littéraliste et réductrice de l’islam », souligne l’islamologue Franck Fregosi. C’est de cette vision puritaine que procède également la fatwa, autrement plus inquiétante, du Marocain Mohammed el-Maghraoui. Émise en septembre 2008, elle légitime le mariage des filles dès l’âge de 9 ans, arguant du fait que le prophète Mohammed s’était marié avec une fillette de cet âge.
« Absurde », rétorque l’avocat Mohammed Bekkouri, qui a porté plainte et pour qui « nous n’avons pas vocation à vivre comme notre Prophète. Cette fatwa est un appel à la pédophilie ! » Le Conseil des oulémas, plus haute autorité religieuse du Maroc, a désavoué Mohammed el-Maghraoui, le qualifiant d’« égaré » et de « mystificateur ».
Autres exemples, en septembre 2008, lorsque le cheikh saoudien Mohammed al-Munjid a déclaré que Mickey Mouse devait être tué, car « les souris sont des agents de Satan ». Que dire également lorsqu’un autre Saoudien, Saleh al-Louheïdane, autorise à tuer « par le biais de la justice » les propriétaires de chaînes de télévision qui suscitent « la dépravation » ?
Dans un récent discours, le roi Abdallah d’Arabie saoudite affirmait sa volonté de lutter contre ces dérives. À cet égard, le cycle de formation entamé en octobre 2008 au Conseil des oulémas marocains est une première réponse. Objectif : trouver un modus vivendi entre la religion et l’évolution des sociétés.