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Rupture américaine ?

Par - Henri
Mis à jour le 22 novembre 2008 à 23:00

Des faits pour savoir, des approfondissements pour comprendre Avec son spécial « Planète Obama » de 52 pages, La Revue pour l’intelligence du monde progresse dans son ambitieuse vocation. « Planète Obama », parce que « le monde entier, écrit Béchir Ben Yahmed, suppliait [les Américains] d’élire » celui que de nombreux témoignages comparent à John Kennedy. Une comparaison qui comporte, néanmoins, une différence essentielle. Car si « Kennedy est entré dans la légende sans passer par l’Histoire » (superbe formule de Raymond Aron), Barack Obama, lui, est entré dans l’Histoire après une première vie déjà légendaire, dominée par l’injonction quasi mystique de sa mère : porter avec classe la charge glorieuse du grand héritage noir.
Certes, on a critiqué – et on redoute encore – son inexpérience. Mais aucune expérience, rappelle dans La Revue l’ancien conseiller de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, ne vous prépare à être président Seules comptent la fermeté de caractère et la capacité de jugement. Ces qualités suffiront-elles à Obama pour réaliser les changements qu’il a promis ?

Éclairages nuancés
Le plus perplexe est l’ancien ministre français, Edgard Pisani. « Il n’est pas un grand ; le deviendra-t-il ? Il faudrait un géant [] », dit-il, pour sortir le pays et le monde d’une situation aussi grave. Alain Faujas ne sous-estime pas moins les difficultés qui attendent le nouveau président, lequel entend abolir, par la fiscalité notamment, l’iniquité d’une société américaine dans laquelle 1 % des plus riches perçoivent 22 % des revenus de la nation, proportion jamais atteinte depuis 1920.
L’écrivain américain Thomas Powers nous assure quant à lui que « le pire des héritages » de Bush n’est pas la crise mais l’idée selon laquelle les États-Unis doivent « régenter la vie politique en Irak, en Afghanistan et en Iran ». Enfin, le général Copel esquisse de prudentes hypothèses sur la future politique américaine : désengagement militaire en Irak, ne serait-ce que pour renforcer les effectifs d’Afghanistan ; élimination de la menace nucléaire iranienne, avec priorité donnée à la négociation ; pleine solidarité avec Israël, mais en faisant probablement des propositions équilibrées aux Palestiniens.
Sur la crise mondiale, le diagnostic de Jacques Sapir apporte une clarté roborative qui remet les pendules à l’heure et les responsables à leur place. De même, à contre-courant des idées établies, on lira le courageux article de l’historien tunisien Abdelmajid Charfi sur une question qui serait très risquée pour beaucoup d’autres : comment l’islam est-il passé du statut de religion ouverte et tolérante à celui d’une religion autoritaire et close, synonyme, pour beaucoup, de terrorisme et d’asservissement de la femme ?

Rubriques insolites
De La Revue, on voudrait citer tout le sommaire. Ce dernier est d’ailleurs bien mal nommé tant il est riche de rubriques et d’infos permettant de briller dans les dîners mondains Le lecteur trouvera, par exemple, des réponses à des questions surprenantes. Comment Bernie Ecclestone est-il devenu le milliardaire de la formule 1 avec pour tout diplôme son permis de conduire ? Pourquoi les prénoms en « a » comme Léa, Lola, Emma, Léna, Sarah, etc., sont-ils à la mode ? Quel livre de Tolstoï a inspiré à Gandhi la révolte par la non-violence ? Quels sont ces « drôles de drones » qui s’apprêtent, après d’innombrables missions militaires, à atterrir dans nos vies quotidiennes ? Drôles, aussi, ces séries les plus populaires de la BBC : pourquoi n’hésitent-elles pas à traîner en justice Tony Blair pour crimes de guerre ou à mettre en scène l’assassinat de George Bush ? Pas drôle du tout en revanche, mais captivant dans ses révélations historiques, le récit par Antoine de Meaux de la bataille égyptienne d’Aboukir (perdue par le général Bonaparte en 1798 face à l’amiral Nelson), dont les magnifiques illustrations terminent La Revue en beauté. Les peintres aiment les horreurs de la guerre.