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Coup d’État du général Béchir au Soudan

Khartoum, 30 juin 1989. Réveil mouvementé dans la capitale soudanaise. Depuis l’aube, la radio ne diffuse que des marches militaires. Dehors, le cliquetis des armes et le bruit des bottes sont assourdissants. Des soldats, armés jusqu’aux dents, encerclent le palais présidentiel et le siège du gouvernement. L’état-major de l’armée, les locaux de la radio et de la télévision publiques sont le théâtre d’un incessant va-et-vient d’hommes en treillis. Au fil de la matinée, les cinq millions d’habitants de la ville commencent à comprendre ce qui se trame. Le Soudan est en train de vivre sa quinzième tentative de putsch depuis son indépendance en 1956.
Sur les ondes, la musique martiale s’arrête brutalement. Une voix ferme et saccadée annonce l’avènement de la « révolution de Juin ». Et affirme que tout le dispositif institutionnel civil (Conseil suprême de la souveraineté, présidence collégiale, le gouvernement du premier ministre Sadek el-Mahdi ainsi que le Parlement) a été « jeté dans les poubelles de l’Histoire ». Au micro, un général de brigade de 44 ans répondant au nom d’Omar Hassan el-Béchir. Inconnu du grand public, ce natif de Houch Bounaga, une petite localité située à une centaine de kilomètres au nord de Khartoum, commandait jusqu’alors les unités blindées de l’armée. Formé à l’Académie militaire du Caire et en Malaisie, il a longtemps combattu l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) de John Garang, qui mène dans le sud du pays une guerre contre le pouvoir central.

Cela ne fait aucun doute : l’homme est bien décidé à prendre en main le pays. Seul. Après avoir jeté en prison les principaux leaders politiques, il décrète la dissolution des partis et l’interdiction de tous les titres de presse. À l’exception d’Al Qouate Al Moussahala, l’hebdomadaire des forces armées, qui devient, dès le lendemain, un quotidien. L’institution militaire est décapitée : une trentaine d’officiers supérieurs, dont sept généraux de corps d’armée, dix-huit généraux de division, quatre généraux de brigade, sont mis à la retraite anticipée. Parmi les congédiés : le général Fathi Ahmed Ali, commandant en chef de l’armée, et Mehdi Boubou Nimer, chef de l’état-major des armées. Désormais, le Soudan est dirigé par un Conseil de commandement de la révolution de salut national (CCRSN) constitué de quinze membres. En théorie uniquement. Car un seul maître règne à bord. Autopromu général de division, Omar Hassan el-Béchir occupe, outre le fauteuil présidentiel, les postes de Premier ministre, de ministre de la Défense et de chef d’état-major des armées.
Dans le pays, pourtant, c’est l’indifférence générale. Rares sont ceux qui pleurent le régime renversé. À la veille du putsch, tous les clignotants de l’économie étaient au rouge : déficit budgétaire colossal, inflation de 85 %, chômage endémique Pour gagner en légitimité, le général Béchir déclenche sans tarder une campagne anticorruption et impose des prix fixes pour les denrées de première nécessité, comme le pain et le sucre. En tendant la main aux rebelles du Sud, le nouveau chef de l’État promet également de mettre fin à une guerre civile qui coûte, chaque jour, 1 million de dollars aux autorités.

Hormis la Libye, tous les voisins du Soudan, à commencer par l’Égypte et le Tchad, poussent un soupir de soulagement. Le Caire, qui hébergeait l’ancien dictateur Gaafar Nimeiri, renversé en 1985, entretenait des rapports tumultueux avec Sadek el-Mahdi, et aurait – discrètement – prêté main forte aux putschistes. L’agence de presse égyptienne Mena avait annoncé le coup d’État de Béchir une demi-heure avant la radio soudanaise
Mais quelques mois plus tard, les relations se tendent avec l’Égypte. L’entrée en jeu de l’islamiste Hassan el-Tourabi comme éminence grise du nouveau régime ne rassure pas tout le monde. Il faudra dix ans pour que l’artisan de la « révolution de Juin » s’émancipe finalement de l’emprise de ce dernier. Le Soudan se réconcilie avec la plupart de ses voisins, Béchir enterre la hache de guerre avec la SPLA en 2005 et, grâce aux nouveaux revenus pétroliers, relance l’économie. Mais dès le début de 2003, dans la province occidentale du Darfour débute une nouvelle rébellion. Et, avec elle, des relations conflictuelles avec le Tchad et la Centrafrique.

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