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Guyane, terre de contrastes

Par - Bios
Mis à jour le 25 décembre 2005 à 00:00

La Guyane est un département français situé à quelque 7 000 kilomètres de ses « congénères ». Une centaine de journalistes venus de pays francophones (France, Sénégal, Mauritanie, Congo, Haïti), mais aussi du Guyana, de Sainte-Lucie, du Brésil et du Surinam s’y sont retrouvés, en novembre dernier, pour le XXVIe Congrès des clubs de la presse.
Une excellente occasion de découvrir ce qui est, en réalité, un pays à part entière, nonobstant sa dépendance vis-à-vis de l’administration française.
Il est en effet intéressant d’explorer les multiples facettes de ce territoire d’Amérique du Sud, situé à proximité de l’équateur. Le fleuve Amazone, dont l’embouchure est située à quelques centaines de kilomètres au sud-est, signale sa présence par les tonnes d’alluvions qu’il répand dans la mer, rendant ainsi les plages continentales périodiquement impraticables. On ne peut se baigner qu’aux îles du Salut. Cet archipel doit son nom au fait qu’il était jadis moins infesté de moustiques et autres vermines que la « grande terre », ce qui le rendait plus salubre. Il abrite toujours les ruines du bagne, où les Français reléguèrent, à partir de la fin du XVIIIe siècle, les condamnés aux travaux forcés et certains opposants politiques. Le capitaine Alfred Dreyfus, accusé à tort de haute trahison, fut l’un d’entre eux. Il a été déporté à l’île du Diable, la plus petite et la plus aride des îles, entre 1895 et 1899, date de son second procès.
La Guyane continentale est un vaste triangle, couvert de forêt dense, qui possède une frontière de 630 km avec le Brésil, et le fleuve Maroni le sépare du Surinam, sur environ 500 km. La population est très mélangée : Français métropolitains, créoles guyanais, Haïtiens, Asiatiques – avec, notamment, une très forte communauté de Hmongs laotiens installés dans la ville de Cacao et alentour – et enfin Amérindiens, premiers habitants des lieux. Grâce à la route qui relie désormais Cayenne à Saint-Georges-de-l’Oyapock, dernier village guyanais avant le fleuve Oyapock, frontalier avec le Brésil, les Brésiliens viennent de plus en plus nombreux faire un tour en Guyane. Le pont, dont la construction doit s’achever en 2008, donnera un coup de fouet attendu au commerce transfrontalier et, partant, au rapprochement entre les deux pays. Un protocole de jumelage a été déjà signé entre Salvador de Bahia et Cayenne.
à la Guyane est souvent associée le nom de Kourou, deuxième ville du pays, site de lancement de la fusée Ariane. En plein développement, la base va bientôt accueillir les Russes et leur lanceur Soyouz, pour lequel les infrastructures sont encore en chantier. La salle Jupiter, qui permet aux visiteurs de voir en direct sur des écrans le départ des fusées, de même que ce qui s’appelle les « sites rapprochés », les camps forestiers distants d’à peine une dizaine de kilomètres de la base, sont autant d’attractions pour le touriste amateur de technologie de pointe, d’astrophysique et d’émotions fortes. Mes pas m’ont porté aussi du côté du bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, où subsistent des bâtiments de l’ancien bagne. Ce lieu de douleur et d’exil a été restauré, mais la végétation luxuriante tend sans cesse à reprendre ses droits sur les vieux murs et sur les chaussées, celles-là même qui ont été pavées avec le sang, les larmes et les souffrances des condamnés. Il me reste désormais à découvrir le carnaval, spécialité sud-américaine qui trouve une expression originale ici grâce aux Touloulous. Qui sont-ils ? Des femmes, exclusivement, mais masquées de l’extrémité des cheveux jusqu’à la pointe des pieds, mains gantées, regard parfois voilé d’un léger tissu ou de lunettes sombres. On ne devine même pas la couleur de leur peau. Elles peuvent être des filles, des soeurs, des mères, des voisines ou des épouses. Une fois par an, ce sont elles qui mènent la danse, invitent les hommes et nul n’a le droit de protester ou de chercher à découvrir leur identité.