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Les leçons d’un krach

Par - Alain
Mis à jour le 27 janvier 2008 à 00:00

Quelle semaine ! Lundi « noir » pour les marchés des actions, pire que le 11 septembre 2001 ; mardi catastrophique pour les Bourses de la planète car, de Shanghai à New York et de Bombay à Johannesburg, les cours s’effondrent à nouveau ; mercredi désespérant en dépit du ballon d’oxygène apporté par la baisse massive des taux de la Réserve fédérale américaine ; jeudi à suspense au cours duquel les autorités tentent de rassurer maladroitement, etc. Du 21 au 28 janvier, la planète financière a connu un « krach », un vrai, avec des chutes vertigineuses des cours boursiers et le déclenchement d’une panique mondiale. À Accra, Johannesburg, Lilongwe, Abidjan, Casablanca ou Kampala, où les dégâts ont été moindres et plus rapidement réparés, on ferait bien de ne pas se réjouir trop tôt.
Repassons le film de la crise. Depuis cinq ans, des établissements financiers proposaient aux ménages américains pauvres d’acquérir le logement de leurs rêves. Le coût très bas de l’argent leur permettait d’accepter les dossiers des moins solvables et de proposer des prêts très avantageux d’autant plus que ces prêts étaient variables (en fonction des taux d’intérêt) et progressifs (gratuits dans les premières années, mais devenant très lourds par la suite). Pour un banquier, ces prêts hypothécaires sont des prêts dangereux car beaucoup d’emprunteurs risquent de ne pouvoir les rembourser, et ils sont assortis d’une juteuse prime de risque. Ce sont les fameux subprimes.

Ce qui devait arriver arriva. La remontée des taux et le ralentissement économique survenu en 2007 – donc la montée du chômage – ont rendu insolvables des centaines de milliers de ces nouveaux propriétaires (pour certains, la mensualité réclamée atteint 80 % de leurs revenus !). Les établissements financiers ont commencé à les faire expulser pour pouvoir vendre leurs maisons aux enchères. Le marché immobilier américain s’est effondré tout au long de 2007.
Les faillites auraient dû être circonscrites à l’immobilier, à la finance et au territoire américain. Malheureusement, l’inventivité des banquiers étant immense, ils avaient revendu ces prêts « pourris » contre une belle rémunération à d’autres établissements financiers. Pour réduire le risque, ceux-ci les ont à leur tour placés dans des produits financiers qu’ils ont vendus à d’autres banques en Europe, en Asie, dans le Golfe et même en Chine. Depuis l’été 2007, ces établissements financiers avouent les uns après les autres des pertes formidables dues à l’insolvabilité des emprunteurs américains. Northern Rock, CitiBank, Goldman Sachs, Merrill Lynch, établissements les plus respectables, basculent dans le rouge. La Réserve fédérale américaine chiffrait le « trou » à une centaine de milliards de dollars. Les plus pessimistes parlent désormais de 2 000 ou de 3 000 milliards.

Ne sachant quelle banque risque la faillite, les financiers ne se prêtent plus d’argent, aggravant le ralentissement américain, le chômage, les défauts de remboursement et donc la confiance sans laquelle les investisseurs n’investissent pas et les consommateurs ne consomment plus. Il faut d’urgence trouver des liquidités : on vend les actions. On redoute la dépression : on vend toujours les actions. Le krach était inévitable.
George W. Bush a cru rassurer en annonçant, le 18 janvier, un plan de soutien à l’économie basé sur des réductions d’impôts. En fait, il a déçu parce que ces mesures n’auront pas d’effets avant plusieurs mois, bien après que la récession se sera installée aux États-Unis et peut-être transmise au reste du monde. Le doute est plus fort que jamais.
Avec une croissance annoncée de près de 7 % et des places boursières en pleine forme qui progressent plus vite que Wall Street ou Francfort, les financiers africains peuvent se croire à l’abri et être tentés de se lancer, eux aussi, dans la confection de produits sophistiqués à haut rendement. Qu’ils entendent l’alerte sonnée au Forum économique mondial de Davos par Robert Zoellick, président de la Banque mondiale : les pays africains sont « vulnérables », a-t-il dit, à un ralentissement de la croissance combiné à une hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. La rigueur et la prudence, que n’a pas su pratiquer l’Occident, s’imposent en ces temps de troubles extrêmes.