Économie

Nations unies : le « grand changement » de Carlos Lopes

Il est entré en fonction à la tête de la Commission économique pour l’Afrique en septembre 2012. Le Bissau-Guinéen entend révolutionner l’institution pour en faire la boîte à idées du continent.

Mis à jour le 12 avril 2013 à 14:38

Six mois après son entrée en fonction à la tête de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes a déjà marqué de son empreinte l’institution basée à Addis-Abeba. « Sa nomination est un catalyseur du changement en cours en Afrique. En restructurant la CEA, Carlos Lopes entend lui permettre de mieux répondre aux besoins des États africains en matière d’assistance économique », explique Ibrahima Dia, qui dirige le bureau de coordination entre la CEA et ses partenaires, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union africaine (UA), réunis fin mars à Abidjan pour leur sixième réunion annuelle conjointe.

Né en Guinée-Bissau en 1960, Carlos Lopes a déjà entamé ce qu’il appelle un « grand changement ». Assis dans un bureau aménagé au huitième étage de l’hôtel Ivoire, au bord de la lagune Ébrié, il explique : « Je me suis rendu compte que l’UA, la BAD et la CEA font toutes un peu les mêmes choses. Il est grand temps que chacune se spécialise. La CEA dépense beaucoup d’énergie pour appuyer des événements intergouvernementaux, ce qui est le rôle de l’UA, et cela ne nous laisse pas assez de temps pour faire de la recherche originale, de fond, sur les politiques économiques. Ce qui devait être notre mission principale. »

1988 Il intègre le Pnud à New York. Plus tard, il en sera notamment le représentant au Zimbabwe
2005 Directeur des affaires politiques de Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU
2007 Directeur de l’École des cadres des Nations unies, à Turin, en Italie
2012 Secrétaire exécutif de la CEA

Parfaitement à l’aise en anglais, en français, en espagnol, en portugais et en kriol (le créole de Guinée-Bissau), celui qui a intégré le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à 28 ans veut faire de la CEA la plus puissante boîte à idées du continent, véritable force de proposition pour les chefs d’État. Afin d’améliorer la qualité de la production statistique en Afrique, la CEA entend faire passer de 10 à 100 le nombre de ses statisticiens. Les bureaux régionaux concevront quant à eux des profils pays actualisés, sur un modèle commun, qui seront ensuite utilisables par tout le monde, notamment les journalistes, le secteur privé et les universitaires.

« Seuls cinq pays en Afrique ont une base datant de moins de cinq ans pour les comptes nationaux, souligne Carlos Lopes. Dans le domaine des statistiques démographiques, la moitié seulement des pays africains dispose d’un recensement de moins de dix ans. Mais parmi ceux-ci, beaucoup n’ont pas de système de vérification suffisamment poussé. » L’économiste rappelle que la production de statistiques de qualité est la base d’une politique économique réussie : « Imaginez que vous réalisiez vos planifications dans différents domaines sur la base de chiffres inventés, qui ne sont pas fiables ! »

Lire aussi :

L’Afrique doit promouvoir l’industrialisation
Carlos Lopes : « Il faut utiliser les matières premières pour industrialiser l’Afrique »
Donald Kaberuka : « L’urgence est de libérer notre potentiel interne »

Innovation

Par ailleurs, 200 personnes (sur 1 000 employés) seront spécialisées dans l’élaboration de nouvelles propositions de politiques économiques. Le dernier rapport de l’institution, publié le 25 mars et consacré à l’industrialisation à partir des matières premières, est un exemple de la production intellectuelle que Carlos Lopes veut développer. Avec une priorité donnée aux ressources naturelles, au changement climatique, aux questions de genre, à l’innovation, à l’urbanisation et à l’emploi des jeunes. Sans oublier de travailler, aussi, avec un secteur privé longtemps boudé par la CEA.

Auteur de nombreux livres, administrateur de maintes institutions de recherche et de fondations à travers le monde, diplômé en histoire et en économie du développement, Carlos Lopes entend utiliser toutes les cordes à son arc : ses liens avec les penseurs économiques, mais aussi sa bonne connaissance du multilatéralisme acquise au sein des Nations unies. Validée en janvier par les chefs d’État africains, la feuille de route de la CEA a été soumise, à Abidjan, à l’ensemble des ministres de l’Économie, des Finances et du Plan. Avec succès.