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Tchétchénie : silence, on massacre

Par - François
Mis à jour le 29 janvier 2006 à 00:00

Un peuple opprimé, une armée russe belliciste et une Europe inerte.

« J’ai demandé au ministre russe de la Justice comment il expliquerait à un enfant les problèmes de la Tchétchénie. Fier, il m’a répondu qu’il n’avait pour cela besoin que de deux mots : terrorisme international. » Deux mots et une réponse implacable du Suisse Éric Bergkraut, qui réalise un documentaire mettant en lumière la réalité tchétchène enfermée dans le silence, verrouillée par l’administration russe. Dans les salles françaises depuis le 18 janvier, Coca, la colombe de Tchétchénie a pour principale protagoniste une femme hors du commun, dont le surnom est Coca (« colombe », en tchétchène).
Elle s’appelle Zainap Gaschaeva, et, depuis le début de la guerre en 1994, elle filme inlassablement les horreurs d’un conflit qui a déjà fait entre 180 000 et 300 000 morts – dont 35 000 enfants. Présidente de l’ONG interrégionale de promotion de la paix Échos de la guerre, Zainap est une militante qui se bat pour la liberté et les droits de l’homme. Elle fédère un réseau de femmes qui, dans la clandestinité, rassemblent photos, films, témoignages, cassettes audio Il en existe ainsi des milliers cachés dans des appartements vides de Grozny ou dans des greniers. Autant de documents destinés à servir un jour de preuves devant un tribunal international.
Car voici l’objectif de ces femmes : la reconnaissance du génocide tchétchène par la communauté internationale. La politique d’occupation russe est évidemment mise en cause, mais on y voit aussi la dénonciation du terrorisme tchétchène et des femmes kamikazes que Zainap est loin de cautionner. On y découvre le mutisme des institutions onusiennes et la puissance de la propagande du Kremlin. Éric Bergkraut nous montre parfois par des images très violentes de charniers et de corps mutilés la réalité de ces femmes qui survivent en se rendant utiles. L’une d’elles, ancienne institutrice, rapporte les paroles de sa mère : « Ce travail ne servira qu’après la guerre. Tu perdras la raison avant » Observation tristement lucide quand on découvre avec quel sang-froid ces femmes sont capables de filmer des scènes dont la violence dépasse l’entendement. Un documentaire poignant, diffusé dans une dizaine de pays, sauf en Russie.