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Du « projet du siècle » à sa réalisation

Les travaux avancent à grands pas et tous les tronçons seront ouverts en 2010 : plus de 1 200 km pour traverser le pays, ponctués de 569 ponts, tunnels et viaducs.

Relier la frontière tunisienne à celle du Maroc est un fantasme algérien qui remonte à l’indépendance du pays, en juillet 1962. Mais il a fallu attendre les années 2000 pour que ce vu pieux, maintes fois renouvelé à coup d’études de faisabilité sans lendemain, sorte définitivement des cartons empoussiérés de l’administration. Devenu « projet du siècle », le chantier de l’autoroute est-ouest a été officiellement lancé en mars 2006. Confié à deux consortiums asiatiques, l’un chinois et l’autre japonais (voir encadré), il devrait être achevé en 2010. L’infrastructure ne devrait pas bouleverser le paysage routier du pays puisqu’elle suit le tracé des routes nationales 4 (Alger-Oran) et 5 (Alger-Constantine). En revanche, son impact socio-économique est immense pour une économie où 85 % des échanges commerciaux s’effectuent par voie terrestre, et pour un pays où le parc de véhicules a littéralement explosé ces dernières années, avec plus de 200 000 nouvelles immatriculations en moyenne annuelle depuis 2004. Inutile de préciser les effets bénéfiques qu’elle aura sur la fluidité du trafic et la réduction des temps de parcours, et les conséquences sur les délais de livraison des entreprises.
L’autoroute s’étendra sur un linéaire de 927 km et couvrira une distance totale de 1 072 km (les travaux devant rétablir plus de 140 km de routes secondaires), le tout en deux fois trois voies. Elle nécessite la réalisation de 569 ouvrages d’art, dont 486 ponts, 70 viaducs et 13 tunnels. Le nombre d’emplois directs et indirects générés par le chantier de 2006 à 2010 dépassera les 200 000, soit 84 postes de travail pour chaque kilomètre réalisé.

Un coût estimé de 11 milliards de dollars
L’autoroute Est-Ouest traverse 24 wilayas (départements) et elle en desservira 32, grâce à des bretelles autoroutières (des pénétrantes). Elle reliera les villes frontalières d’El-Taref et Tlemcen, transitant par toutes les grandes agglomérations du nord du pays : Annaba, Constantine, Sétif, Bouira, Boumerdès, Blida, Chlef, Relizane, Sidi Bel-Abbès, Oran Des aires de stationnement et de repos, des gares de péage et des stations-service sont prévues tout au long du parcours. En outre, l’ensemble du tracé sera protégé par des clôtures pour le mettre à l’abri du passage d’animaux sauvages ou domestiques.
La réalisation de ce projet gigantesque, dont le coût est estimé à 11 milliards de dollars, nécessitera l’utilisation de 2,9 millions de tonnes de ciment, de 5 millions de tonnes de sable et de 1 million de tonnes de bitume pour 45,3 millions de tonnes d’agrégats. Il engloutira 930 000 tonnes d’acier, soit l’équivalent de la production annuelle du complexe sidérurgique d’El-Hadjar, propriété du groupe indien ArcelorMittal. Plus de 10 000 tonnes d’explosifs seront utilisées. Une fois achevé, le chantier aura consommé plus de 333 millions de KW/h, près de 38 millions de tonnes d’eau et 1,2 million de tonnes de carburant. C’est dire son ampleur.
Les travaux sont répartis en trois lots. Le premier, le « lot unique Est », s’étale sur 399 km entre les frontières tunisiennes et la ville de Bordj Bou Arreridj. C’est le consortium japonais Cojaal qui a remporté le marché. Le second, le « lot unique Centre », s’étend sur 169 km et relie les villes de Bordj Bou Arreridj et de Chlef. Quant au troisième, le « lot unique Ouest », long de 359 km, il permettra la liaison entre Chlef et la frontière marocaine. Ces deux derniers marchés ont été remportés par le consortium chinois Citic-CRCC. Le chantier mobilise plus de 77 000 personnes, dont 29 % d’étrangers, soit plus de 22 000 ressortissants chinois, japonais, turcs, italiens et autres. Les menaces proférées par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) à l’encontre des étrangers imposent l’instauration de mesures de sécurité draconiennes autour des bases de vie, la nature du projet faisant que ces sites se trouvent en rase campagne, exposés aux attentats et autres attaques terroristes.
Entrant dans le cadre du projet d’autoroute transmaghrébine (qui permettra de relier Benghazi, à l’extrême-est de la Libye, à Nouakchott, la capitale mauritanienne), l’autoroute Est-Ouest devrait être livrée dans son intégralité dès 2010. En outre, compte tenu du rythme de développement de l’économie algérienne, de l’immensité de son territoire (plus de 2 millions de km2) et de la répartition de sa population, un second projet autoroutier est désormais engagé dans le cadre du programme de relance de la croissance (PRC, un programme d’investissements publics de 155 milliards de dollars). C’est celui de l’autoroute des Hauts-Plateaux. Quasi parallèle à l’autoroute est-ouest, de laquelle elle sera distante d’une centaine de kilomètres (plus à l’intérieur), la future infrastructure reliera d’est en ouest, sur 900 kilomètres, les grandes agglomérations urbaines de l’intérieur du pays (Batna, Tiaret, Béchar), avec des bretelles destinées à désenclaver les cités du Sud (Biskra, Ouargla, Ghardaia, Naama). L’étude de faisabilité bouclée, les avis d’appel d’offres ont été lancés en avril 2008. Les deux consortiums asiatiques en charge de l’autoroute est-ouest ont déjà déposé leur candidature pour ce second « projet du siècle », dont le coût est estimé à près de 8 milliards de dollars.

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