Économie

Roland Riboux : « Notre principal handicap, c’est l’administration »

L'ancien banquier a créé l'Association des industriels de la filière oléagineuse des pays de l'UEMOA. © Fiacre Vidjingninou/LDFM/JA

Pour sortir de la paralysie, un radical changement des mentalités dans la fonction publique est, selon le président du Conseil des investisseurs privés au Bénin, tout aussi urgent que l'amélioration du climat des affaires.

Après plus de vingt ans de carrière dans la banque en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique – au Cameroun de 1973 à 1975 et au Nigeria de 1991 à 1996 -, le Français Roland Riboux, 67 ans, a rejoint le monde de l’industrie en 1996. Nommé PDG de Fludor Bénin (ex-Ecotrade), filiale du groupe agroalimentaire TGI, il conduit l’installation de son huilerie (à base de graines de coton), entrée en production en 2000. La même année, déterminé à développer le secteur et conscient de ses enjeux financiers et socioéconomiques, il crée l’Association des industriels de la filière oléagineuse des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (AIFO-UEMOA), dont il fut le premier président. Une capacité à fédérer mise en pratique également dans « son pays » avec la création, en 2002, du Conseil des investisseurs privés au Bénin (CIPB). Sa mission : jouer un rôle dans la redéfinition d’un espace propice au développement économique et social.

Jeune Afrique : Dans le classement « Doing Business » 2013, le Bénin stagne au 175e rang sur 185 pays classés selon le climat des affaires. Est-il un si mauvais élève ?

Roland Riboux : Sûrement pas, si l’on considère les efforts qu’il a faits ces dernières années pour combler son retard. Dès son premier mandat, le chef de l’État a installé le Conseil présidentiel pour l’investissement [CPI, NDLR], qui a été transformé en 2011 pour devenir un véritable outil de changement de l’environnement des affaires, avec l’objectif affiché de faire remonter le pays dans le classement de la Banque mondiale.

Alors pourquoi les progrès sont-ils si peu perceptibles depuis 2011 ?

Nous avons un handicap majeur : l’administration. Les efforts du gouvernement sont encore trop souvent contrecarrés, et parfois brisés, par une administration qui a une conception erronée de l’entreprise – que peu de fonctionnaires voient comme créatrice de richesse. Une administration réfractaire au changement et qui s’arc-boute sur les vestiges de l’époque marxiste-léniniste peut difficilement accompagner le gouvernement dans sa volonté d’aller de l’avant.

Peu de fonctionnaires voient l’entreprise comme créatrice de richesse.

Y a-t-il un espoir de voir bouger les choses ?

Fin octobre 2012, le président Boni Yayi a organisé une table ronde du dialogue public-privé pour relancer l’économie, et, depuis le 28 février, un comité paritaire partenariat public-privé, une structure permanente de dialogue telle que l’avait préconisée le patronat, a été mis en place. Mais ce dialogue ne pourra se transformer en partenariat que si l’on fait sauter ces verrous au développement que sont les dysfonctionnements de l’administration.

Un programme de mise à niveau et de coaching de l’administration est indispensable. Celui de l’école de commerce HEC, Agora [Accompagnement gouvernemental des réformes en Afrique], par exemple. Son application en Côte d’Ivoire a été un succès, elle est en cours au Togo et au Gabon, et la lancer chez nous serait profitable. En novembre, une délégation conduite par Jean-Luc Ricci [directeur Afrique de HEC Paris] est venue rencontrer des membres de l’exécutif béninois, dont le Premier ministre.

Pour les entreprises, le système judiciaire paraît générer des risques, au lieu d’être un facteur de sécurisation…

Les problèmes identifiés par la Banque mondiale sont en effet toujours là : lenteur des procédures, piètre qualité des décisions rendues, dysfonctionnements des juridictions, qui manquent de moyens humains et financiers… Le Bénin affiche un ratio de 1,75 magistrat pour 100 000 habitants, celui des greffiers n’est guère meilleur, et la situation est aggravée par la budgétisation des frais de greffe. Résultat : le stock de dossiers non traités, évalué à 30 000 en 2010, ne diminue pas. L’absence d’une inspection des services judiciaires depuis plus de trois ans n’améliore pas non plus les comportements et explique les approximations observées ici et là dans le respect des procédures, dans le délai de tenue des audiences ou même dans la qualité technique des décisions rendues.

Les nouveaux textes n’y ont-ils pas un peu remédié ?

La loi portant code de procédure civile, commerciale, administrative, sociale et des comptes, entrée en vigueur depuis un an, est censée améliorer les procédures et régler la question des lenteurs, mais ses effets ne seront pas ressentis avant de longs mois. Les deux autres codes très importants adoptés par le Parlement, le code de procédure pénale et le code foncier, sont actuellement soumis au contrôle de la Cour constitutionnelle, puis ils seront promulgués.

Mais d’autres actions sont en cours pour améliorer les conditions de travail des personnels dans les juridictions, et leur corollaire, la qualité des décisions. Je pense aussi à l’indispensable informatisation des tribunaux, qui, quand le projet aura abouti, seront interconnectés. Enfin, les acteurs du secteur ont enclenché un processus pour que soient organisés prochainement des états généraux de la justice, qui devraient permettre d’apporter des solutions et des réponses concrètes à ses problèmes.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte