Politique

Hongrie : Orban au ban de l’Europe

Ancien dissident anticommuniste, le Premier ministre vire à l’autocrate ultranationaliste.

Mis à jour le 10 janvier 2012 à 11:05

Manifestation de l’opposition, le 2 janvier à Budapest contre la nouvelle Constitution. © Reuters

La Hongrie est-elle en train de se transformer en « Orbanistan », du nom de son autoritaire Premier ministre, Viktor Orban ? C’est ce que craignent partis de gauche, écologistes et ONG, qui ont rassemblé cent mille personnes dans les rues de Budapest le 2 janvier, mais aussi l’Union européenne et les États-Unis. Alors que le pays traverse une crise grave (sa dette publique atteint 80 % du PIB), la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI), appelés à la rescousse pour discuter d’une aide de 20 milliards d’euros, ont interrompu leur mission pour protester contre les nouvelles atteintes portées à la démocratie. Un an après l’adoption d’une loi qui a muselé la presse et alors que la seule radio d’opposition a été fermée le 21 décembre sur décision d’un Conseil des médias à la botte d’Orban, une Constitution aux relents ultranationalistes est entrée en vigueur le 1er janvier. « Dieu bénisse les Hongrois », stipule-t-elle en supprimant le statut de république du pays et en accordant le droit de vote aux Hongrois d’origine vivant à l’étranger.

Le mandat des postes clés de l’appareil d’État (justice, police, armée), déjà aux mains des fidèles d’Orban, a été porté à neuf ou douze ans ; la Banque centrale, ses dirigeants, ainsi que la politique budgétaire et fiscale sont placés sous le contrôle direct du Premier ministre; enfin, des dispositions électorales favorisent la reconduction de son parti, le Fidesz.

Non seulement Orban concentre tous les pouvoirs, mais il a totalement verrouillé la vie politique, seuls les deux tiers des députés – majorité qui semble hors de portée de l’opposition –pouvant défaire ces dispositions taillées sur mesure pour perpétuer son règne. Ancien dissident à l’époque communiste, Orban vire à l’autocrate et, face aux critiques de l’UE, affirme que cette dernière ne lui « dictera jamais rien ». La banqueroute qui menace son pays pourrait le ramener à de meilleurs sentiments.