Archives
Le temps des résolutions

Cet article est issu du dossier

Le temps des résolutions

Voir tout le sommaire
Archives

Sur le chemin de la diversification

Les cours du baril baissent, mais le moral est au beau fixe. Les recettes pour 2008 ont été importantes. Et, surtout, d’autres sources de revenus permettent d’envisager une croissance hors pétrole de 5 % en 2009.

Par - Philippe Perdrix
Mis à jour le 10 décembre 2008 à 15:50

Le projet de loi de finances 2009, actuellement à l’étude, prévoit en effet quelque 2 500 milliards de F CFA (3,8 milliards d’euros) de recettes pétrolières, soit une hausse de 38 % par rapport au budget 2008 (voir p. 69). Le Fonds monétaire international (FMI) serait sur la même longueur d’onde, avec une prévision de croissance à 7 %, alors qu’en début d’année la projection de l’institution était limitée à 3,8 %. Un revirement dû au fait que « l’État gabonais a largement profité de la flambée du brut sur la première partie de l’année, pour rétablir ses équilibres budgétaires et relancer l’économie nationale », explique un observateur international. Ainsi, les indicateurs sont au beau fixe (voir infographie p. 69), à commencer par le produit intérieur brut (PIB) par habitant, qui dépasse les 8 900 dollars. L’un des plus élevés du continent. « En 2009, les recettes pétrolières, évaluées à 1 621,4 milliards de F CFA, seraient en hausse de 597,5 milliards par rapport à 2008 », estime par ailleurs le gouvernement, qui table sur « la bonne tenue » du prix des hydrocarbures et une « amélioration de la production », à 13,8 millions de tonnes (+ 7,8 %). Le pétrole reste donc le secteur clé de l’économie gabonaise et représente plus de 50 % du PIB et 80 % des recettes d’exportations (voir p. 75).

Un redressement radical des indicateurs

Mais avec une prévision de 4,9 % en 2009, la croissance hors pétrole est également en net progrès, par rapport à une moyenne de 2,4 % les années précédentes. Quant aux recettes non pétrolières, prévues à 793,5 milliards de F CFA en 2009, elles sont en augmentation de 87,4 milliards. « Malgré quelques ratés dans les privatisations, notamment les débuts difficiles de la compagnie aérienne Gabon Airlines créée en avril 2007 pour succéder à Air Gabon, et les difficultés de Gabon Télécom, repris à hauteur de 51 % en février 2007 par Maroc Télécom, il faut reconnaître que la diversification de l’économie est sur la bonne voie. L’État commence à voir apparaître d’autres sources de financement », assure le même expert. De quoi donner confiance.
Après le rachat par anticipation de sa dette au Club de Paris, à hauteur de 1,5 milliard de dollars, entre le 2 décembre 2007 et le 30 janvier 2008, l’endettement extérieur du pays devrait passer, selon les prévisions, de 28,2 % du PIB en 2007 à 6,4 % en 2009.
Outre l’apport de fonds propres, ce rachat de dette a été financé par l’emprunt obligataire émis pour un montant de 1 milliard de dollars, en décembre 2007, sur la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Pour accéder aux marchés, il fallait le feu vert des principales agences de notation. Mission réussie. Fitch et Standard & Poor’s ont attribué au Gabon un « BB – » pour le risque en devises à long terme, la meilleure note en Afrique de l’Ouest et centrale.
Les pétrodollars expliquent pour une large part ce net redressement économique. En effet, la mise en production de nouveaux gisements (voir p. 75) a entraîné une sensible augmentation des investissements directs étrangers (IDE), qui sont passés de 60 millions de dollars en 2005 à 269 millions l’an dernier.
Toutefois, les regards se tournent aussi vers d’autres secteurs d’activité. Et, en l’occurrence, les espoirs gabonais reposent en premier lieu sur le mégagisement de fer de Belinga, dans la province orientale de l’Ogooué-Ivindo, en plein cœur de la forêt équatoriale. Le secteur minier, dominé par la production de manganèse de la Comilog, représente actuellement moins de 3 % du PIB. Mais le potentiel de croissance est immense (voir p. 76). 
Une autre priorité concerne la filière forestière (entre 3 % et 4 % du PIB), qui, avec 10 000 salariés, constitue le deuxième employeur du pays après la fonction publique. La forêt, encore peu exploitée – si ce n’est dans la zone côtière facile d’accès -, couvre plus de 20 millions d’hectares, soit 85 % du territoire, et abrite une soixantaine d’essences commercialisables. Afin de valoriser ce potentiel, le gouvernement a fixé des quotas d’exportation pour une vingtaine d’exploitants, qui ont l’obligation de transformer localement une partie de leur production. Objectif : atteindre un taux de 75 % de bois transformé sur place d’ici à 2012. Une décision dont l’application est en bonne voie. Par exemple, la filiale gabonaise du groupe français Rougier a débité et scié sur place 45 % de ses grumes en 2007, contre 20 % en 2004.

Diversification agricole

Dans le domaine agricole, la diversification se poursuit. Poussée par la nécessité, car le pays dépend encore à 80 % de l’extérieur pour ses besoins alimentaires. En première ligne, le groupe belge Siat a investi plus de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros) après avoir racheté, en 2004, AgroGabon, Hévégab et Sogadel, trois sociétés respectivement spécialisées dans l’huile de palme, le caoutchouc et l’élevage bovin. L’autre principal opérateur agroalimentaire est Somdiaa, dont la filiale, Smag, produit de la farine. Après avoir essuyé les contrecoups de la flambée des prix des produits alimentaires, le groupe français compte bien profiter de ce nouvel engouement pour l’agriculture, en se lançant notamment dans la production de maïs.