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Cet article est issu du dossier «Crise financière: Pourquoi l'Afrique est menacée»

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Finance

En attendant la crise…

La traditionnelle réunion des ministres des Finances devait entériner les bonnes perspectives économiques de la région. Il a fallu bousculer l’ordre du jour.

Après la flambée des cours du pétrole, la hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires, les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale vont devoir affronter les effets de la crise financière. Si ce point n’était pas à l’ordre du jour initial de la rencontre des ministres de l’Économie et des Finances et des gouverneurs des banques centrales de la zone franc qui se tient à Yaoundé les 6 et 7 octobre, les discussions vont déjà bon train. « La crise aura un impact limité sur les pays de la zone en raison de la structure même de leurs économies, très dépendantes de leurs ressources pétrolières et minières pour certaines ou de leur agriculture pour d’autres », estime Sarah N’Sondé, analyste-crédit pour la zone Afrique-Moyen-Orient chez Standard & Poor’s. Une analyse assez optimiste qui tranche singulièrement avec les prévisions du président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abdoulaye Bio-Tchané (lire interview ci-contre).
La multiplication des crises récentes redistribue les cartes dans la zone franc. Les grands gagnants sont les pays pétroliers et gaziers, à savoir la Guinée équatoriale, le Congo, le Gabon, le Tchad, le Cameroun et, dans une moindre mesure, la Côte d’Ivoire. Les dernières prévisions de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) tablent sur une croissance de 6,2 % dans la sous-région cette année, contre 4,2 % en 2007. Malabo affiche une progression insolente (+ 15,3 % en 2008), ce qui en fait le champion incontesté. Sa production de pétrole brut devrait atteindre 16,3 millions de tonnes cette année, devant le Congo (13 millions) et le Gabon (12,9 millions). La masse monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) s’élevait au 31 juillet 2008 à 5 133 milliards de F CFA (7,8 milliards d’euros), contre 4 221 un an plus tôt. Les avoirs extérieurs ont également progressé, à 6 525 milliards. La Guinée équatoriale est en tête (1 873 milliards) devant le Cameroun (1 682), le Congo (1 534), le Gabon (790), le Tchad (420) et la Centrafrique (50).
Cette manne financière permet de poursuivre les grands chantiers publics (+ 7,4 % de dépenses budgétaires) : routes, écoles, hôpitaux… Les crédits à l’économie ont progressé de 12,8 %, à 2 183 milliards de F CFA en 2007. Les investissements ne manquent pas : réfection hôtelière au Gabon, construction d’une usine de transformation de bois et modernisation de l’unité de production d’aluminium à Pointe-Noire, au Congo, nouvelle filature à Sarh et complexe agroalimentaire à N’Djamena, au Tchad, réhabilitation du rail et des réseaux électriques au Cameroun, investissements miniers d’Aurafrique (or) et d’Areva (uranium) en Centrafrique, ainsi que remise à niveau des stations-service, nouveaux forages et nombreux travaux de construction en Guinée équatoriale… La hausse des effectifs publics, la revalorisation des salaires, les revenus accrus des paysans avec la progression des cours du cacao et des produits vivriers favorisent aussi la consommation.
Corollaire de cette embellie : l’inflation. Elle s’élève à 5,5 % sur la dernière année. Un moindre mal comparé aux pays d’Afrique de l’Ouest (+ 7,2 %), qui subissent le double choc de la cherté du carburant et des produits alimentaires sans bénéficier des revenus pétroliers. Plusieurs mouvements sociaux ont ainsi perturbé les capitales ces derniers mois, amenant les gouvernements à prendre des mesures coûteuses. Les subventions aux prix des carburants devraient par exemple coûter 0,3 point de croissance au Sénégal et au Niger. Les allègements fiscaux dans l’alimentaire se traduiront par une baisse de 0,4 point au Bénin, alors que la zone franc importe plus de 75 % des céréales qu’elle consomme. Toutes ces mesures provoquent des tensions sur les finances publiques et creusent le déficit extérieur. Dans l’urgence, les autorités ont revu leur politique agricole (subventions, mise à disposition des intrants, incitations). Les effets se font déjà sentir, les pluies de début de saison ayant été abondantes. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) parie sur une croissance de 4,2 % dans la sous-région. La relance des activités en Côte d’Ivoire (60 % de la masse monétaire), au Togo et en Guinée-Bissau, des pays en situation de postconflit, y est aussi pour beaucoup. L’aide publique au développement reprend, mais les avoirs extérieurs des institutions monétaires se sont repliés de 109,8 milliards, à 4 556 milliards. Dans une telle situation, la bonne gouvernance et l’assainissement des finances publiques sont de mise.

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