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Cet article est issu du dossier «Pétrole, rumba et démocratie»

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Attention fragile

Portée par le niveau élevé du cours du brut, la croissance demeure forte. Reste à mieux gérer et redistribuer cette manne.

Les Congolais ont beau prétexter ne pas avoir été suffisamment informés de l’enjeu des récentes élections locales pour se déplacer dans les bureaux de vote, ils ont en revanche pleinement conscience de ce que leur pays retire d’un baril de pétrole qui a passé la barre des 130 dollars.
Les recettes tirées de l’or noir, qui ont permis une forte croissance au cours des deux dernières années (6,6 % en 2006 et 6,2 % en 2007), ont logiquement amené le gouvernement à réviser le budget de l’État à la hausse pour 2008. Initialement prévu à 1 671 milliards de F CFA, ce dernier a finalement été arrêté en février à 1 922 milliards, soit 251 milliards de F CFA d’augmentation, sur la base d’un prix moyen de 72 dollars le baril. Et la croissance de 9 % prévue en 2008 devrait se poursuivre à moyen terme. D’abord, parce qu’un retournement du prix du brut sur le marché international est fortement improbable. Ensuite, parce que la production congolaise, contrairement à celle d’autres pays comme le Gabon, se maintiendra grâce à la découverte de nouveaux champs. Cette production avait reculé de 10 % l’an dernier en raison de l’épuisement du champ MBoundi et de l’incendie survenu sur la plate-forme de Nkossa, principal champ exploité depuis 1996.
Mais, depuis, le français Total, historiquement présent dans le pays, a mis à jour un nouveau gisement dans l’offshore très profond, tout en lançant, en mai 2007, l’exploitation du champ de Moho-Bilondo, premier gisement offshore. Le pays produira 105 millions de barils en 2008, contre 87 millions en 2007, et « les autorités peuvent compter sur des rentrées fiscales importantes au cours des prochaines années, explique Pascal Fourcaut, chef de la mission économique de l’ambassade de France à Yaoundé, actuellement compétent pour la sous-région. En outre, le surplus de recettes doit soutenir les secteurs non pétroliers. »
Reste justement à savoir comment cette manne est gérée et redistribuée. Sur ce point, « on pouvait s’attendre à un plus grand dynamisme des investissements et des grands travaux, note un diplomate en poste à Brazzaville. Les performances sont décevantes. L’optimisme des autorités tranche avec la situation réelle. » Contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins, au Congo, les conditions de la relance restent freinées par les effets de la guerre, dont beaucoup ne se sont toujours pas dissipés dix ans après. Ce qui n’encourage guère le retour des investisseurs privés étrangers. De même, dans le département du Pool, Frédéric Bintsamou, plus connu sous le nom de pasteur Ntumi, a dissous la branche armée de l’ex-Conseil national de la résistance (CNR), mais le désarmement de ses hommes dans le cadre du Programme national de démobilisation, désarmement et réinsertion de ses ex-combattants (PNDDR) n’en est qu’à ses prémices. De fait, la situation sociale reste « fragile » et les opérateurs sont attentistes… C’est en tout cas ce que souligne le Fonds monétaire international (FMI) dans un rapport publié en juin.
Alors que la réforme du secteur pétrolier tarde à se préciser, notamment la normalisation (en progrès) de la situation des deux entreprises clés que sont la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et la Congolaise de raffinage (Coraf), c’est surtout dans la gestion budgétaire que les améliorations sont attendues. Le programme signé avec le FMI en décembre 2004 pour un montant de 84,6 millions de dollars dans le cadre du programme de Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) a été interrompu en décembre 2006 en raison, si l’on en croit le Fonds, d’importants dérapages. Depuis, le Congo est privé du concours du grand argentier international. Or c’est de la reprise de ce programme que dépend le traitement de la dette extérieure, tout comme le retour définitif de la confiance de ses partenaires. À supposer que le gouvernement congolais remplisse les conditions du programme de référence (surveillance non assortie de financements), la reprise de la FRPC n’est pas envisageable avant la fin de 2008.
En attendant, et en dehors de l’industrie pétrolière, les leviers de développement reposent sur les mines et sur d’importants chantiers, comme l’agrandissement du port de Pointe-Noire ou la construction d’une seconde cimenterie. En février dernier, l’américain General Metals a entamé, via sa filiale Soremi, l’exploitation de gisements de fer, de cuivre et de zinc dans la Bouenza (Sud-Ouest). Ancienne et très marquée, la coopération chinoise intervient, quant à elle, dans le domaine des infrastructures. Les Chinois financent notamment la construction de la route de 125 km qui doit désenclaver le nord du pays et, avec le groupe français Vinci, la modernisation et l’extension de l’aéroport de Maya-Maya (183 millions d’euros), ainsi que le projet de barrage et de centrale hydroélectrique d’Imboulou, à 200 km au nord de Brazzaville. Cette centrale, dont la livraison est prévue avant la fin de 2010, aura une capacité de 120 MW. De quoi satisfaire la demande nationale en électricité et mettre enfin un terme au calvaire quasi quotidien des délestages, qui gâche la vie des PME… et de bien des Congolais.

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