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Cet article est issu du dossier «Maroc 2020: Demain commence aujourd'hui»

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Attention à la surchauffe

| Écrit par Jean-Michel Meyer

Deux plans complémentaires, lancés respectivement en 2005 et 2006, définissent la première stratégie industrielle du pays. Ambition : hisser dix secteurs aux premières places mondiales.

Une superficie de 25 000 m² de bureaux et 2 200 emplois créés à Casanearshore, le haut lieu de l’offshoring marocain. C’est le 9 juillet qu’a été posée la première pierre de ce méga-investissement de Dell, le géant américain de la vente à distance de matériel informatique. Prévue en 2010, l’ouverture du plus grand business centre (services clients, support technique, traitement de commandes…) de l’américain pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique est l’une des illustrations tangibles du plan Émergence, lancé en 2005 pour doter le Maroc d’une industrie moderne et compétitive. « Faire de l’économie marocaine une économie émergente, intégrée à l’économie mondiale, fondée sur le savoir, profitant des opportunités qu’offre la mondialisation et capable d’attirer les activités à très forte valeur ajoutée, telle est l’ambition que nous nourrissons pour le royaume », expliquait Mohammed VI, à l’occasion de la quatrième édition des Intégrales de l’investissement, en décembre 2006.
Réalisé avec l’appui du cabinet américain McKinsey, le plan Émergence doit dynamiser l’industrie marocaine en favorisant l’essor de sept secteurs considérés comme stratégiques et porteurs, appelés à jouer les locomotives économiques. À côté de l’offshoring, on trouve l’électronique, l’aéronautique, l’automobile, l’agroalimentaire, les produits de la mer et le textile. Orientés vers l’export, ces sept fers de lance devraient représenter 70 % de la croissance industrielle du Maroc à partir de 2015. Concrètement, le coup de fouet doit doper la croissance annuelle du PIB de 1,6 % (soit 90 milliards de DH supplémentaires) et créer 400 000 emplois. Sur sa lancée, dès 2006, le gouvernement marocain a doublé le plan Émergence par le plan Envol. Ce dernier prolonge et complète les axes stratégiques de développement dans les biotechnologies, les nanotechnologies et la microélectronique.

L’art difficile d’avancer sans brûler les étapes

Dans ce plan de bataille, l’off­shoring (centres d’appels, services et développement informatique) se situe aux avant-postes. Il doit créer 100 000 emplois dans les dix ans et générer 10 milliards de DH de chiffre d’affaires grâce à une batterie d’incitations fiscales et sociales ainsi qu’aux moyens déployés. Établi sur 53 hectares, le Casanearshore bouclera sa première tranche de 53 000 m² de bureaux avec la livraison des derniers mètres carrés en août. Quant à la seconde tranche (90 000 m²), qui sera livrée à partir d’avril 2009, « tout est déjà réservé », assure Anouar Atmani, le directeur stratégie de Casanearshore. En parallèle, Rabat Technopolis, installé sur 300 hectares, sortira peu à peu de terre pour créer 12 000 emplois à l’horizon 2012, pendant que d’autres sites dédiés à l’offshoring verront le jour à Tanger, Fès et Marrakech.
Parmi les autres secteurs, celui de l’automobile est le plus dynamique. Il profite de la présence de Renault-Nissan à Tanger-Med pour attirer des équipementiers et positionner le pays dans la fabrication de composants, avec un objectif à dix ans de 40 000 emplois et 7 milliards de DH de chiffre d’affaires. Quant à l’aéronautique, déjà regroupé autour d’une cinquantaine d’entreprises (EADS, Safran, etc.), il vise les 4 milliards de DH, en surfant sur la tendance des constructeurs européens à rechercher des zones de production low cost pour échapper à l’euro fort.
Malgré un démarrage encourageant, les plans Émergence et Envol demeurent des paris sur l’avenir. Car il s’agit de se positionner rapidement au niveau mondial sans toutefois brûler les étapes. Le textile et l’agroalimentaire peinent. Et il paraît évident que le Maroc ne pourra s’imposer comme un acteur de taille mondiale dans les dix secteurs retenus. Déjà, il doit éviter que la machine ne s’emballe. L’offshoring – et ce n’est pas le seul secteur – est au bord de la rupture, confronté à une pénurie de main-d’œuvre qui fait flamber les salaires.

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