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Les années Lansana Conté

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Et pourtant, elle a tenu…

Par - Muriel Devey
Mis à jour le 23 décembre 2008 à 16:48

Un climat politique tendu, une économie exsangue, des mutineries à répétition, un environnement régional explosif.Malgré tout cela, lʼunité nationale a été préservée.

C’est par un coup d’État « sans effusion de sang et dans un calme total » qu’un groupe d’officiers, constitué en Comité militaire de redressement national (CMRN), s’empare du pouvoir le 3 avril 1984, une semaine après la mort du président Sékou Touré. Le général Lansana Conté est désigné pour prendre la tête du pays, aux destinées duquel il préside encore en 2008.

Tout s’est passé très vite. Le coup d’État militaire est intervenu la veille du jour où la direction du Parti démocratique de Guinée (PDG) allait se réunir pour désigner le candidat aux élections, qui, selon la Constitution, devaient intervenir dans un délai de quarante-cinq jours suivant la mort du président. Le Premier ministre, Lansana Béavogui, qui assurait l’intérim de la présidence, paraissait le mieux placé pour la succession. Toutefois, il aurait dû s’opposer au clan du défunt président. En mettant fin à la lutte engagée entre les héritiers de Sékou Touré, le coup d’État militaire a orienté différemment le cours de l’histoire.

En 1984, la tâche du nouveau régime est gigantesque. Tout est à reconstruire : les institutions, l’économie, les infrastructures et même les mentalités. À quoi viendront s’ajouter au fil des ans d’autres problèmes dont la gestion ne sera pas aisée: les processus de démocratisation, les mutineries et les contrecoups des conflits ravageant les pays voisins.

Le bilan est mitigé. Sur le plan politique et des libertés d’expression, les acquis sont indéniables. Mais l’opposition a du mal à s’unir, et la vie politique n’a pas échappé à la tentation de l’instrumentalisation ethnique. Pour ce qui est des infrastructures, les avancées sont patentes. Les communications et les télécommunications ont été améliorées. Même si les problèmes de l’eau et de l’électricité sont toujours un casse-tête. L’option libérale a libéré des énergies. Les paysans se sont remis à produire et les services se sont développés. Le secteur minier a été longtemps négligé. La transformation de la bauxite et la diversification des productions sont des options récentes. Préparée à la hâte, la libéralisation n’a pas vraiment favorisé l’émergence d’une
classe d’entrepreneurs nationaux et a laissé sur le carreau bon nombre de fonctionnaires et de jeunes diplômés. Enfin, la bonne gouvernance reste un voeu pieux, tandis que la course à l’argent, devenu le nouveau dieu, a encouragé la corruption et la délinquance.

Et pourtant, malgré un climat politique tendu, un environnement sousrégional marqué par des conflits violents qui ont failli, à maintes reprises, déstabiliser le pays, et en dépit des mutineries et des tentatives de coups d’État, la Guinée a réussi à échapper à la guerre civile et à maintenir son unité nat ionale. C’est peut-être sa plus grande réussite.