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Cet article est issu du dossier «Les années Lansana Conté»

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En attendant le décollage

| Écrit par Muriel Devey

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Dès 1985, la reconstruction économique et financière de la Guinée s’inscrit dans le cadre du libéralisme économique. Une rupture par rapport aux options antérieures et qui a l’effet d’un véritable électrochoc, dont le pays ne s’est pas encore tout à fait remis. La reconstruction s’est déroulée en plusieurs phases. La première, dite « de transition », a démarré avec le Programme de réformes économiques et financières (PREF), couvrant la période 1985-1988, soutenu par la communauté financière internationale. En quelques mois, la Guinée est passée d’une économie étatisée à une économie de marché, avec la mise en oeuvre d’une batterie de réformes en tout genre. Un traitement de choc dont les fonctionnaires feront les frais, avec le licenciement de 12000 d’entre eux. Malgré tout, cette période s’est déroulée sans tensions sociales majeures.

Cette étape franchie, la phase de reconstruction proprement dite a été mise en oeuvre au moyen de deux programmes d’ajustement structurel entre 1988 et 1994. Objectifs: poursuivre les réformes engagées, appuyer la reconversion des fonctionnaires « déflatés » (licenciés) et engager des projets sectoriels (éducation, infrastructures de base
et secteur rural).

Cet ensemble de mesures a certes permis de libéraliser l’économie, de rendre la croissance positive et de renforcer les services de base. Mais la chute des cours mondiaux de l’aluminium conjuguée à une croissance médiocre des exportations minières et à des dérapages macroéconomiques, imputables à une mauvaise gouvernance et à la corruption, n’a pas réussi à faire décoller l’économie. À la veille des élections multipartites de 1993, la situation économique et financière était très fragile.

DÉRAPAGES EN SÉRIE

Elle continuera à se dégrader tout au long de la décennie suivante. Croissance limitée, inflation en hausse, faiblesse des ressources budgétaires nationales, déficits  budgétaires et de la balance des paiements, accumulation d’une importante dette intérieure et extérieure, telles seront les principales caractéristiques de la situation économique.

Ces dérapages ont rendu les relations difficiles avec les institutions de Bretton Woods. À la fin de l’année 1995, le programme engagé au titre de la Facilité d’ajustement structurel renforcé (FASR) avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI) est suspendu. Il faudra attendre janvier 1997 pour qu’un nouveau programme voie le jour.

Au début des années 2000, la Guinée entre, comme la plupart des pays africains, dans le cycle des programmes de réduction de la pauvreté. En mai 2001, elle signe avec le FMI un programme au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). En juillet 2002, son Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) est approuvé par les Conseils de la Banque et du FMI. Mais, à la suite de nouveaux dérapages, le programme n’est pas exécuté. Du coup, les relations
de la Guinée avec la communauté financière internationale sont de nouveau interrompues. Il faudra attendre le 21 décembre 2007 pour que soit signé un nouveau programme triennal au titre de la FRPC.

Conjuguée aux problèmes politiques et aux difficultés sociales, la dégradation de la situation économique sera à l’origine de frustrations de toutes sortesqui déboucheront sur des manifestations et des grèves en 1998 et, surtout, à partir de 2003. Dénonciation de la vie chère, du manque d’eau et d’électricité, tels furent les principaux ressorts de mouvements sociaux qui, loin d’être circonscrits à la capitale, toucheront d’autres villes du pays et seront la plupart du temps durement réprimés par le pouvoir.

SYSTÈME BLOQUÉ

Porté à son paroxysme, le mécontentement débouche en 2007 sur une explosion sociale, qui menacera sérieusement le pouvoir. De janvier à février, des grèves et des manifestations éclatent un peu partout dans le pays. Les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre feront officiellement 137 morts.

Grâce à la médiation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la grève générale est suspendue après la nomination, le 27 février, d’un Premier ministre de consensus aux pouvoirs élargis, Lansana Kouyaté. Une fonction difficile à assumer, puisque la Constitution ne la prévoit pas. Son mandat sera de courte durée. Payant ses relations difficiles avec le chef de l’État, Kouyaté, qui ne faisait d’ailleurs plus vraiment l’unanimité dans la population, est limogé le 20 mai 2008 et remplacé par Ahmed Tidiane Souaré, un technocrate réputé proche de la présidence, qui, à peine installé, doit faire face à une mutinerie et à une grève d’enseignants.

Si la IIe République a marqué une rupture par rapport au régime de Sékou Touré, un nouveau tournant semble s’imposer. Car, à l’évidence, le système actuel est bloqué.

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