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Cet article est issu du dossier «Les années Lansana Conté»

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Diplomatie

Entre présidents

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Du général de Gaulle à Jacques Chirac, et en attendant une visite de Nicolas Sarkozy, tous les dirigeants de la Ve République se sont rendus à Conakry.

Quand on évoque les présidents français et la Guinée, ou les présidents guinéens et la France, on ignore généralement que le premier président de la Ve République, Vincent Auriol, fit une visite à Conakry en avril 1947, mais l’on pense immanquablement à l’orageux échange verbal entre Charles de Gaulle et Ahmed Sékou Touré, onze ans plus tard.

Et pourtant, si de Gaulle est venu cinq fois en Guinée, cela n’a jamais été comme chef de l’État. Il est passé en bateau au large de Conakry à deux reprises en 1940, en venant de Dakar et en y retournant, comme chef de la France libre. Puis en 1944, quand il était chef du gouvernement provisoire, en faisant escale en avion sur le chemin de la conférence de Brazzaville. Ensuite en 1953, lorsque, à l’invitation du Grand Conseil de l’Afrique occidentale française, il est allé à Bamako pour y inaugurer une statue du gouverneur Félix Éboué en passant encore par Conakry. Et, enfin, les 25 et 26 août 1958, dans le cadre du périple qu’il faisait en Afrique pour y présenter le projet de Constitution de la Ve République et la Communauté française. Il était encore à l’époque président du Conseil et avait déjà entendu Sékou Touré lui présenter en juillet les vues du Rassemblement démocratique africain (RDA) sur ce texte.

DU BOUT DES LÈVRES

L’affrontement oratoire entre les deux hommes est bien connu. De Gaulle ne comprit pas le désir de liberté alors exprimé pour son pays par Sékou Touré et ne le lui pardonna jamais, reconnaissant du bout des lèvres l’indépendance de la Guinée, puis mettant toutes sortes d’obstacles sur son chemin. En janvier 1959, l’un et l’autre sont devenus présidents de leurs pays respectifs. De Gaulle ne voulut jamais répondre positivement à diverses tentatives de réconciliation faites par Sékou Touré, qui envoya une délégation aux obsèques du général en novembre 1970, et fit à plusieurs reprises son éloge, notamment lors de sa visite de 1982 en France.

Sékou Touré connaissait très bien la France, et y comptait beaucoup d’amis. Il y avait effectué des dizaines de séjours depuis 1946, date à laquelle il participa à Paris à un congrès de la centrale syndicale communiste CGT, jusqu’aux années 1956-1958, où, comme député à l’Assemblée nationale française, il côtoya entre autres François Mitterrand (qu’il a également rencontré à Bamako lors du troisième Congrès du RDA en septembre 1957) et Valéry Giscard d’Estaing. Après vingt-quatre années d’absence, il y retourna en septembre 1982 pour une visite officielle de travail, à l’invitation de François Mitterrand, devenu président à son tour, et de nouveau l’année suivante, en octobre 1983, pour la conférence franco-africaine de Vittel.

François Mitterrand connaissait bien la Guinée et avait accepté l’invitation que Sékou Touré lui avait faite lors de son voyage en France. Son conseillerpour l ’Afr ique Guy Penne avait d’ailleurs annoncé en février 1984 une prochaine visite, mais Sékou Touré décéda en mars.

RÉCONCILIATION

Mitterrand n’est donc venu en Guinée qu’une seule fois comme chef d’État, en novembre 1986. C’est alors le président Lansana Conté qui l’accueillit. Il y était venu en 1951, alors qu’il était ministre de la France d’outre-mer, et avait visité Conakry, Kindia et Kankan, à une époque où Sékou Touré venait d’être révoqué de l’administration coloniale. Il y revint ensuite en 1961, en compagnie de Pierre Mendès-France, à l’invitation de Sékou Touré. Les deux hommes, qui s’appréciaient et avaient de l’amitié l’un pour l’autre avaient aussi en commun d’être en opposition avec le général de Gaulle.

Mitterrand se rendit de nouveau à Conakry en 1962, comme envoyé spécial du journal L’Express, pour lequel il fit un long reportage, et enfin en 1972, en compagnie de Roland Dumas, pour le deuxième anniversaire des dramatiques événements du 22 novembre 1970, qu’il avait condamnés, mais dont il avait critiqué la répression sanglante. C’est d’ailleurs à propos des droits de l’homme en Guinée que Sékou Touré l’attaqua avec virulence en 1977, parce que le Parti socialiste français, dont Mitterrand était devenu le premier secrétaire, avait voulu mettre ce thème à l’ordre du jour de son congrès.

Les deux hommes se réconcilièrent à l’occasion de la visite de 1982, et se revirent à la conférence de Vittel en 1983. Étrange coïncidence : François Mitterrand était en visite officielle aux États-Unis lorsque Sékou mourut au cours d’une opération dans une clinique cardiologique américaine, le 26 mars 1984.

Auparavant, le président Georges Pompidou avait, en mars 1974, quelques jours avant son décès, donné le feu vert à la médiation que l’auteur de ces lignes devait commencer entre Bonn, Paris et Conakry en tant que représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, et qui aboutit à la normalisation des relations diplomatiques le 14 juillet 1975. Trois ans plus tard, en décembre 1978, le président Valéry Giscard d’Estaing, qui avait de son côté voulu cette réconciliation et fait les gestes nécessaires, effectua en Guinée une visite d’État très réussie, qui le conduisit à Conakry, Kankan, Faranah et Labé. Plus de vingt ans s’étaient écoulés depuis la fatidique visite de De Gaulle.

Le président Jacques Chirac, qui avait accueilli Sékou Touré en tant que maire de Paris en 1982, rendit visite à la Guinée en juillet 1999. Et peut-être Nicolas Sarkozy voudra-t-il lui aussi un jour se déplacer en Guinée.

Quant à Lansana Conté, sa connaissance de la France est des plus modestes, puisque, contrairement à beaucoup d’officiers des futures armées africaines, c’est pour l’essentiel en Afrique (Côte d’Ivoire, Sénégal, Algérie) que s’est déroulée sa formation et qu’il a eu ses premières affectations. Mais il a effectué une visite officielle en France en 1987 (François Mitterrand l’a reçu à l’Élysée le 28 avril), et il a rencontré ses homologues français lorsqu’il a participé aux sommets Afrique-France de décembre 1988 à Casablanca, de novembre 1994 à Biarritz (le dernier auquel a participé François Mitterrand), de décembre 1996 à Ouagadougou (le premier auquel a participé Jacques Chirac) et de novembre 1998 à Paris.

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