Politique

Dadis : j’y suis, j’y reste

La salle d'attente du chef de l'Etat, au camp Alpha-Yaya-Diallo, à Conakry

La salle d'attente du chef de l'Etat, au camp Alpha-Yaya-Diallo, à Conakry © Rea

La candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidentielle du 31 janvier 2010 ne fait plus guère de doutes. La classe politique y est farouchement opposée. Reste à savoir comment réagira la population.

es Guinéens sont décidément à bord d’une drôle de galère. Le capitaine Moussa Dadis Camara, à la barre depuis le 23 décembre 2008, ne craint pas les remous. Pourvu d’une énergie sans pareille, il affronte la houle sans sourciller. « Si les Forces vives veulent m’empêcher d’être candidat, c’est qu’elles n’ont rien compris à la démocratie », a rétorqué le chef de la junte (arrivé au pouvoir à la suite du décès du général Lansana Conté) lorsqu’il a pris connaissance de la déclaration du 23 août du Forum des forces vives de Guinée (FFVG, regroupant partis politiques, syndicats et organisations de la société civile). Oubliés les engagements des premiers jours. Il y a huit mois, Dadis assurait qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle. Et qu’il ne s’éterniserait pas au pouvoir…

Les Forces vives sont bien sûr opposées à la candidature de membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et de son président, Moussa Dadis Camara, ainsi qu’à celle de membres du gouvernement. Leur position est partagée par la France et les États-Unis. La réponse des autorités ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Réagissant à un communiqué de l’ambassade américaine à Conakry, la junte dénonce une « ingérence » dans ses affaires et fustige les « propos de certains leaders d’opinion qui voudraient conduire la Guinée au chaos ».

« TOUT SAUF DADIS! »

Faut-il s’attendre à des jours difficiles ? Si les Forces vives appelant « tout le peuple de Guinée à s’opposer énergiquement à toute velléité de confiscation du pouvoir par le CNDD et son président » battent le macadam et organisent des journées « ville morte », comme certains l’envisagent, tout peut arriver. Surtout, si les actions sont réprimées par l’armée, qui n’a jamais su contenir une foule en colère sans tirer à balles réelles.

Des affrontements avec les groupes de soutien au chef de la junte, émergeant çà et là, ne sont pas non plus à exclure. Le « Mouvement Dadis doit rester » (MDDR), créé à la mi-juillet et dont les apparitions dans les médias publics se multiplient, est pour l’instant le plus visible. Il compte une vingtaine d’associations de jeunes, indique Ali Manet, 39 ans, professeur de lycée et leader du MDDR. Pour l’opposition, ce mouvement est un instrument mis en place par le CNDD dans le but d’amadouer les populations.

« Faux. Il n’y a que des volontaires. Nous n’avons jamais reçu un franc du CNDD. Nous agissons de notre propre chef pour que Dadis vienne à bout de la lutte contre les narcotrafiquants et assainisse la vie politique, économique et sociale », réplique Ali Manet tandis que les tee-shirts « Dadis doit rester » pleuvent sur Conakry. En tout cas, dans le quartier de Bambeto, le président d’une association de jeunes révèle (sous le couvert de l’anonymat) avoir été approché en juillet par des sbires de la junte qui lui auraient proposé 150 millions de francs guinéens (22000 euros) pour acheter le soutien de ses camarades. Plusieurs dignitaires du pays ont déjà reçu des 4×4 flambant neufs, indiquent par ailleurs d’autres sources. « La distribution des cadeaux » connaît un tel succès que le 24 août, à Macenta (à 600 km de Conakry), des jeunes se sont violemment battus à cause de la répartition, jugée inéquitable, des enveloppes offertes à l’occasion de la visite du numéro trois du CNDD et ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté.

Ce sont autant d’exemples qui font dire aux Forces vives que le CNDD achète les consciences pour légitimer la candidature de Dadis à la présidentielle. D’ailleurs, le capitaine n’at- il pas maintes fois répété que si le peuple lui demande de se présenter, il le fera. Sans doute attend-il d’avoir mobilisé suffisamment de soutiens. Néanmoins, pour le ministre chargé de la communication du président et de celle du général Konaté, nommé le 19 août, aucun dirigeant du pays n’est en campagne. « Ces tournées auprès des populations, qui seront désormais plus régulières, visent uniquement à les appeler au calme afin d’instaurer un climat de paix. Il n’y a aucune visée électoraliste », soutient Tibou Kamara, ancien porte-parole du gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré, en fonctions au moment de la mort de Lansana Conté.

Cela signifie-t-il que la junte craint que se développe un mouvement d’opinion hostile à Dadis au sein même de la population? Quoi qu’il en soit, Kamara souligne que sa mission consiste à « faciliter le dialogue avec l’ensemble des acteurs de la transition à un moment où la rupture menace ». « Les Forces vives ont dénoncé trop tôt la candidature du président. D’autant qu’aucun texte ne lui interdit de se présenter », conclut le nouveau ministre de ce gouvernement qui compte déjà un ministère de la Communication et un autre de l’Information.

MENACE PERPÉTUELLE

De toute façon, même si la loi était contre lui, Dadis n’en aurait probablement pas tenu compte. En l’espace de huit mois, il a prouvé qu’il n’était pas forcément très respectueux des règles. Il a réussi à chambouler le fonctionnement de l’administration, monopoliser les médias publics, injurier des diplomates et personnalités diverses, emprisonner arbitrairement d’anciens dirigeants, nommer et dégommer nombre de collaborateurs… Et de surcroît, il se dédit. Depuis qu’il a promis de ne pas se présenter à la présidentielle, il n’a raté aucune occasion de menacer de le faire. En avril dernier, il s’était dit prêt à « ôter la tenue si les leaders politiques ne le respectaient pas ». Plus tard, il a déclaré que sa décision restait suspendue à la volonté du peuple. Et maintenant, il aligne ces deux arguments en ajoutant que personne – pas même la communauté internationale – ne pourra l’empêcher d’être candidat. Inspiré par le cas récent du général Abdelaziz en Mauritanie (arrivé au pouvoir par un putsch, puis reconduit par les urnes), qu’il cite en exemple, il jure que sa candidature, s’il la confirme, sera légitime. Qui des Forces vives ou de Dadis remportera la bataille annoncée ? Le peuple, peut-être, en décidera…

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