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Cet article est issu du dossier «Palmarès : les 50 personnalités africaines les plus influentes»

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Diplomatie

Le classement politique

Le président libyen Mouammar Kaddafi. © Reuters

Notoriété, aptitude à peser sur le jeu diplomatique, poids économique, rayonnement moral ou culturel... "Jeune Afrique" désigne les hommes et femmes politiques les plus influents du continent.

 

1 Moummar Kadhafi

Libye

Qui paie commande. Si cet adage assez peu moral est l’un des fondements de la realpolitik, il est difficile de refuser quoi que ce soit à ce colonel de 68 ans, « Guide » à vie d’un pays qui détient les plus importantes réserves pétrolières du continent et doyen des chefs d’État d’Afrique. En privé, ses pairs ne cachent pas l’agacement que leur inspire cet homme erratique et insaisissable. En public, la plupart le couvrent d’éloges et se rendent à Tripoli à la première convocation. Si Kadhafi ne fait plus peur, son arme de séduction massive – l’argent – reste intacte. Économiquement présente, via la pieuvre LAP (Libya Africa Portfolio), dans une quarantaine de pays africains, courtisée par les Européens, eldorado cruel pour des dizaines de milliers de Maghrébins et de Subsahariens, la Libye se conjugue en milliards de dollars. Or la Libye, c’est lui. S’il est sans doute le seul à pouvoir encore déplacer les foules à chacun de ses voyages sur le continent, ce n’est plus pour la teneur de son « message » aussi usé qu’un disque rayé, mais parce que sa caravane dégage toujours le même parfum de pétrodinars. Peu importe le flacon, pense Kadhafi, pourvu que demeure l’ivresse d’être populaire. Qui dit mieux ?

 

2 Jacob Zuma

Afrique du Sud

Il a beau être plus discret que son prédécesseur, Thabo Mbeki, sur la scène internationale, celui qui dirige la première économie du continent reste un poids lourd africain. Zuma s’intéresse davantage à son pays qu’aux crises qui secouent le continent, mais il continue de peser au sein de l’Union africaine et d’appuyer la candidature de son pays au Conseil de sécurité de l’ONU. De quoi laisser l’Afrique du Sud très largement en tête du peloton.

 

3 Abdelaziz Bouteflika

Algérie

Bientôt douze ans passés à la tête de l’Algérie : Abdelaziz Bouteflika est aujourd’hui le président le plus puissant de l’histoire de son pays, après Houari Boumédiène. Un pays qui compte sur la scène mondiale, grâce à l’entregent de « Boutef », mais aussi grâce à ses hydrocarbures : quatrième puissance économique du continent, cinquième producteur mondial de gaz naturel et des réserves en devises s’élevant à près de 150 milliards de dollars (110 milliards d’euros)… Le patron connaît personnellement nombre de chefs d’État et intervient sur des dossiers aussi divers et sensibles que le nucléaire iranien, Al-Qaïda ou la Palestine.

 

4 Mohammed VI

Maroc

Handicapé, sur le plan diplomatique, par son absence au sein de l’Union africaine, le roi compense par une politique très volontariste de coopération économique et humanitaire en direction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Il y a effectué plusieurs voyages, alors que son père, Hassan II, n’y avait jamais mis les pieds. Son prestige de monarque éclairé et les multiples atouts du Maroc font le reste.

 

5 Blaise Compaoré

Burkina Faso

Togo, Guinée, Côte d’Ivoire, otages d’Aqmi, pour les médiations actuelles ou récentes ; Mauritanie, Liberia, Sierra Leone ou Angola, pour son passé présumé de déstabilisateur : le chef de l’État burkinabè, désormais doyen des chefs d’État d’Afrique de l’Ouest, est incontournable et son influence déborde largement au-delà de ses frontières. Craint et respecté par ses pairs, réélu le 21 novembre dernier pour un – a priori – dernier mandat, il se consacre de plus en plus aux affaires de l’Afrique.

 

6 Abdelmalek Droukdel

Algérie, Émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)

Improbable association de fanatiques religieux et de trafiquants sans frontières, la nébuleuse terroriste qu’il dirige a accru sa capacité de nuisance en 2010. Multipliant les enlèvements et les attentats dans la zone sahélo-saharienne, elle a fait fuir les touristes et augmenter les dépenses de sécurité des entreprises. Mais, surtout, elle a accaparé les armées nationales et les a obligées à coopérer. Adoubé par Ben Laden sur Al-Jazira en octobre dernier, Droukdel s’en trouve conforté pour 2011.

 

7 Hosni Moubarak

Égypte

Au pouvoir depuis 1981, Moubarak, 82 ans, est à la manœuvre sur de très nombreux dossiers internationaux. Pivot entre l’Afrique et le Moyen-Orient, son pays est à la fois hôte de la Ligue arabe, facilitateur majeur des négociations israélo-­palestiniennes et maître des eaux du Nil en Afrique de l’Est. S’il est réélu pour un sixième mandat en 2011, cet ancien militaire devra cependant utiliser tous ses réseaux pour enrayer la perte d’influence diplomatique du Caire.

 

8 José Eduardo Dos Santos

Angola

Le président angolais fait figure de « patron » à l’échelle du continent, lui qui dirige la troisième puissance pétrolière africaine. Chinois, Américains, Français… font le plein de brut chez lui. Et José Eduardo Dos Santos sait rendre des services à certains de ses pairs. Kabila père et fils n’ont pas eu à s’en plaindre. Depuis Abidjan, Laurent Gbagbo a pu également compter sur le soutien de Luanda.

 

9 Abdoulaye Wade

Sénégal

L’élection présidentielle en Guinée, la crise ivoirienne et même la libération de l’otage française en Iran, Clotilde Reiss… Le président sénégalais adore se sentir utile, préférant nettement la publicité à la discrétion sur ses nombreuses initiatives. Il reçoit, conseille et voyage sans compter. Et n’hésite pas à taper du poing sur la table lorsqu’il s’agit d’obtenir des postes au sein des instances régionales.

 

10 Paul Kagamé

Rwanda

Petit pays, mais vraie success-story économique. Petit pays, mais interlocuteur incontournable dans la région ultrasensible des Grands Lacs. Petit pays, mais immense traumatisme au retentissement planétaire. Qu’on l’admire ou qu’on le déteste, le président rwandais reste une star…

 

11 Mélès Zenawi

Éthiopie 

En 2011, il fêtera ses vingt ans à la tête du pays. L’esprit tranquille : 2010 a été pour lui une excellente année. En mai, aux législatives, son parti a balayé une opposition habilement muselée. Le Premier ministre s’est donc permis, quelques mois plus tard, de céder aux demandes de ses alliés – au premier rang desquels les États-Unis, qui voient en lui le garant de la stabilité dans la Corne de l’Afrique. Il a permis la libération de sa principale opposante, Birtukan Mideksa, emprisonnée depuis 2008. Face à l’Érythrée et au chaos somalien, les Occidentaux ont besoin d’un ami bien intentionné.

 

12 Yoweri Museveni

 

Ouganda

Il est président depuis vingt-quatre ans. Pour durer aussi longtemps, il a fallu faire sauter le verrou de la limitation des mandats et autoriser le multipartisme… La relative réussite économique et le souvenir des années Amin Dada-Milton Obote ont fait le reste : Museveni demeure un allié de poids des Américains. 2011 sera l’année d’un défi, à savoir remporter une nouvelle élection présidentielle. Mais, comme on l’a vu, il maîtrise le sujet. Et les Occidentaux apprécient les pays stables, dans cette région troublée des Grands Lacs…

 

13 Denis Sassou Nguesso

Congo-Brazzaville

Depuis la mort d’Omar Bongo Ondimba, le président congolais a repris le bâton de médiateur régional (en Centrafrique notamment). Et l’on vient volontiers à Brazzaville écouter les conseils d’un sage qui n’est pas dépourvu de moyens.

 

14 Teodoro Obiang Nguema

Guinée équatoriale

À la tête du pays le plus riche d’Afrique centrale, le chef de l’État équato-guinéen fait désormais entendre sa voix. À la Beac par exemple, où il dicte sa loi.

 

15 Ellen Johnson-Sirleaf

Liberia

La seule femme chef d’État du continent, aux commandes d’un petit pays qui se reconstruit doucement mais sûrement, inspire le respect de ses pairs et des institutions internationales.

 

16 Salva Kiir

Sud-Soudan

Peut-être le 9 janvier prochain. Ou bien après cette date, si le référendum d’autodétermination venait à être reporté… Quoi qu’il en soit, Salva Kiir est appelé à devenir le 54e chef d’État africain. L’ancien guérillero – qui a déjà ses entrées à Washington – pourra alors gérer à sa guise un joli pactole : 80 % de la production pétrolière soudanaise se fait dans le Sud.

 

17 Goodluck Jonathan

Nigeria

En 2010, ce zoologue discret est devenu le président de l’un des pays les plus puissants du continent. Numéro deux d’Umaru Yar’Adua, il lui a succédé à sa mort, en mai. Restera-­t-il aux commandes du premier producteur de pétrole subsaharien ? Les élections sont prévues en avril. Pour s’y présenter, Jonathan devra recevoir l’investiture du parti au pouvoir. Il la disputera à un autre animal politique : Atiku Abubakar. En attendant, il est en première ligne pour tenter de résoudre la crise ivoirienne.

 

18 Jean Ping

Gabon

On retrouve le président de la Commission de l’Union africaine au cœur de toutes les médiations. Formé à l’école Omar Bongo de la résolution des conflits, il imprime sa marque et son style policé depuis deux ans à la tête de l’organisation. Marié à une Italo-­Ivoirienne, ce métis de père chinois est naturellement ouvert sur le monde et est parfois considéré comme un trait d’union entre l’empire du Milieu – de plus en plus influent en Afrique – et ses partenaires du continent.

 

19 Garaad Mohammed

Somalie, Pirate

La capacité de nuisance internationale de ce pirate somalien grimpe en flèche : il a affirmé avoir déjà lui-même pris part à dix attaques. « Nous sommes là pour faire des affaires juteuses », a déclaré l’ancien seigneur de guerre au quotidien maritime britannique Lloyd’s, qui en a fait le quatrième des 100 acteurs les plus importants du transport maritime mondial. En 2010, malgré les patrouilles navales internationales Atalante, la moitié des attaques dans le monde ont eu lieu au large de la ­Somalie.

 

20 Henry Okah

Nigeria, Leader présumé du Mouvement d’émancipation du Delta du Niger (Mend)

Il s’en défend mais, en Afrique du Sud, où il réside et est désormais détenu, la justice le considère comme le leader du Mend. Depuis son apparition en 2006, ce mouvement qui sévit dans le sud pétrolier du Nigeria a fait baisser la production de 2,5 millions à 1,8 million de barils par jour. Ses méthodes – sabotages, enlèvements – ont évolué en 2010. En octobre, le Mend a revendiqué un attentat qui a fait douze morts à Abuja. Le futur président nigérian devra composer avec cette force nuisible à l’image du pays.

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