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Cet article est issu du dossier «Tchad : après la tempête, s'ouvrir au monde»

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Finance

Tchad : le phénix du coton

Le Mali est le deuxième producteur africain de coton. © Issoufou Sanogo/AFP

Pour relancer la production, les autorités tchadiennes ont décidé d’apurer le passif de l’entreprise nationale et de créer, en janvier, CotonTchad Société nouvelle. Cela suffira-t-il ?

Les images de paysans angoissés à l’idée que le coton, récolté d’habitude entre novembre et décembre, ne soit pas enlevé avant les premières pluies (mai-juin), Mahamat-Adoum Ismaël, patron de l’ex-CotonTchad, dit ne plus en vouloir. Nommé à la tête de l’entreprise publique en 2009, cet ancien directeur général de la Compagnie sucrière du Tchad (CST, du français Somdiaa) avait pour mission de redonner vie à une société à l’agonie, avec des pertes s’élevant à plus de dix fois son capital. La faute à une forte implication de la politique dans la gestion de cette entreprise, qui était, avant l’exploitation du pétrole, un important pourvoyeur de fonds.

 

Au fil des ans, les dettes se sont accumulées, la flotte de camions chargés de collecter le coton a vieilli, certaines usines aussi. Les pistes rurales, naguère entretenues par l’entreprise pour aller chercher le coton, ne le sont plus. Dans certaines régions, les paysans ont passé deux hivernages sans voir arriver les camions devant transporter leur production à l’usine. Jusqu’à entraîner une lassitude des producteurs vis-à-vis de cette culture de rente, qui fait pourtant vivre plus de 3 millions de personnes dans le sud du Tchad. Le summum du découragement a été atteint au terme de la campagne 2009-2010, avec une chute de la production de coton-graine à 35 000 tonnes, alors qu’elle dépassait les 180 000 t dix ans auparavant…

C’est donc en réaction à cette situation que la question de la privatisation a été remise à l’ordre du jour. Or, pour privatiser l’entreprise sans la brader, il fallait lui redonner une santé financière. C’est ainsi qu’est née CotonTchad Société nouvelle (CotonTchad SN). « L’État s’est engagé à apurer le passif de l’ancienne société, estimé à plus de 80 milliards de F CFA [122 millions d’euros, NDLR], confie Mahamat-Adoum Ismaël. Il s’engage aussi à mettre 5 milliards dans la nouvelle entreprise, pour nous permettre de repartir sur de nouvelles bases. »

Les promesses qui accompagnent CotonTchad SN, officiellement créée le 18 janvier, lui permettent de croire en des jours meilleurs. La nouvelle structure, qui a été déchargée de tout le passif de l’ancienne entreprise, s’est fixé comme objectif de relancer la filière coton et semble bien partie, si l’on en croit la timide reprise de la production, qui est passée à 52 570 t en 2010-2011, pour atteindre 70 000 t cette année. Pour y arriver, l’entreprise a dû faire des efforts en collectant à temps la récolte et, surtout, en payant assez rapidement leur dû aux paysans. « Au cours de la campagne 2010-2011, nous avons pu injecter directement dans la zone de production plus de 9,5 milliards de F CFA », explique le patron de CotonTchad SN.

Le fait que la société redémarre sur des capitaux d’État risque, à terme, de la faire retomber dans les mêmes travers. « Nous en avons conscience. Mais aujourd’hui, aucun acteur du secteur privé ne voudra mettre de l’argent dans cette société. C’est pourquoi nous avons obtenu que l’État fasse le premier pas en prenant 51 % des actions. Après, il serait bien de retomber à une simple minorité de blocage de 33 % pour rassurer les investisseurs privés », temporise Mahamat-Adoum Ismaël. Une orientation qui satisfait à moitié les bailleurs de fonds – la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD) –, lesquels poussent depuis plusieurs années à une privatisation totale, avec une plus grande responsabilisation des producteurs.

Autre bataille à remporter : CotonTchad SN doit recouvrer la confiance des banquiers, qui ne lui prêtent plus d’argent sans l’aval de l’État. Un processus long qui ne permet pas à l’entreprise d’avoir des liquidités à temps. Début mars, alors que plus de 60 % des activités de la saison étaient réalisées, le crédit de campagne accordé par les banques commerciales avec la bénédiction de l’État n’était toujours pas mis en place… Il faut faire plus si l’on veut atteindre une production de 100 000 t en 2013.

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