Politique

Tunisie : le CPR de Marzouki rejette la proposition d’un « gouvernement de technocrates »

Moncef Marzouki, le 14 janvier 2013 à Tunis. © Fethi Belid/AFP

La troïka au pouvoir en Tunisie est au bord du gouffre. Le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki annonce qu'il rejette la formation d'un gouvernement "apolitique" et repousse la démission de ses ministres d'une semaine afin de poursuivre les négociations avec Ennahdha. Mais Ettakatol soutient l'initiative du Premier ministre Hamadi Jebali.

Mis à jour à 11h49.

Au risque de donner le tournis à ceux qui le suivent, Moncef Marzouki change une nouvelle fois de ton. Dans la grave crise gouvernementale que traverse la Tunisie, le leader du Congrès pour la République (CPR), qui fait partie de la troïka au pouvoir et occupe le poste de chef de l’État, a finalement décidé de « geler » sa décision de retirer ses ministres du gouvernement, comme il en avait brandi la menace précédemment si Ennahdha n’acceptait pas la proposition du Premier ministre de constituer un exécutif de technocrates apolitiques.

« Mais si dans une semaine nous ne voyons aucun changement nous quitterons le gouvernement définitivement », a indiqué à la presse le chef du CPR, Mohamed Abbou. Raison de ce revirement : la donne aurait changé du côté des islamistes. « Nous avions présenté il y a deux jours la démission de nos ministres mais nous avions été contactés hier soir par les dirigeants d’Ennahdha qui ont répondu favorablement à toutes nos demandes », a ajouté Abbou.

Le retour de Zaba

Deuxième raison avancée par le CPR : « Nous sommes contre un gouvernement de technocrates car cela permettrait le retour des figures de l’ancien régime » de Zine el-Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011, affirme-t-il.

Le CPR réclame depuis longtemps le départ de deux ministres régaliens d’Ennahdha, ceux des Affaires étrangères et de la Justice. Seul problème : s’il a réaffirmé son rejet d’un gouvernement apolitique, tout en disant comprendre la démarche du Premier ministre « soucieux d’éviter au pays de glisser dans la violence », le parti islamiste n’a pas encore confirmé de limogeages au sein de l’exécutif.

Indépendance

Mardi, le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a indiqué que des négociations se poursuivaient avec Jebali, le n°2 du parti, qui a mis sa démission dans la balance. « Le gouvernement qui peut sauver la situation dans le pays est un gouvernement (…) de coalition nationale. Notre initiative va sûrement aller vers celle de Jebali », a-t-il déclaré à la chaîne tunisienne Al-Moutawasat dans des propos repris par la radio Shems-FM. « On est ouverts à tous afin d’arriver à composer un gouvernement de compétences nationales qui rejoint ce que demande Jebali, avec une représentation élargie », a ajouté Ghannouchi, insistant pour que le cabinet « représente aussi les forces politiques ».

Le troisième parti de la coalition au pouvoir, Ettakatol (centre-gauche) a quant à lui apporté son soutien à Hamadi Jebali. Le président de l’ANC, Mustapha Ben Jaafar devait faire savoir sa position en fin de matinée, mardi. Mais une figure du parti, le ministre des Finances Elyes Fakhfakh, a estimé qu’il fallait « assurer les meilleurs succès à cette initiative » de formation d’un « gouvernement transitoire, indépendant des partis », selon l’expression de Jebali.

« Je vais demander amicalement à tous les ministres de démissionner. C’est un exercice difficile mais les circonstances l’exigent », a expliqué le Premier ministre lundi dans un entretien au quotidien français Le Monde, faisant référence à « l’urgence » de la situation marquée par un « danger de violence » dans le pays, comme le prouve  l’assassinat, mercredi dernier, du dirigeant de gauche Chokri Belaïd. Jebali a souligné que ses meurtriers n’étaient « pas des amateurs », que « tout un appareil était derrière » et qu’il fallait s’attendre « à des résultats très graves ».

(Avec AFP)
 

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