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Cet article est issu du dossier «Nelson Mandela, l'Africain du XXe siècle»

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Politique

Nelson Mandela : 1960, le massacre de Sharpeville et le bannissement de l’ANC

À Sharpeville, un "township" noir, situé dans la zone industrielle de Vereeniging au Transvaal, la police tire sur des manifestants, sans sommation, faisant 69 morts (dont une dizaine d'enfants et 8 femmes), et 180 blessés, le 21 mars 1960. © Archives Jeune Afrique-REA

Jeune Afrique retrace dans ce dossier les grandes périodes de la vie de Nelson Mandela (1918-2013). Des textes tirés pour l'essentiel de "Mandela, The Authorized Biography", par Anthony Sampson (HarperCollins Publishers, 2011, 704 p.).

L’année 1960 fut pour beaucoup d’observateurs, de diplomates et de journalistes, « l’année de l’Afrique ». La domination blanche était partout battue en brèche et une succession de colonies françaises et britanniques avaient acquis ou allaient acquérir leur indépendance.

La période fut également capitale pour l’Afrique du Sud, pour l’ANC et pour Mandela lui-même. Dans sa vie personnelle d’abord. Lorsqu’il était revenu chez lui après avoir été remis en liberté sous caution, en 1957, sa femme Evelyn n’était plus là. On lui connut, dans les mois qui suivirent, plusieurs liaisons, mais c’est avec une jeune assistante sociale de seize ans sa cadette, Winnie Nomzamo Madikizela, elle aussi originaire du Transkei, qu’il devait se remarier, en juin 1958.

C’est alors aussi que, pour la première fois, Mandela définit clairement sa vision d’une société démocratique et multiraciale qui serait jusqu’au bout au cœur de son action, et qu’il se démarqua du panafricanisme comme du communisme. Militants de l’ANC, les « africanistes» étaient partisans d’un nationalisme noir exclusif et hostiles à l’alliance avec les « non-Africains » : les communistes blancs, les Indiens et les Métis. Minoritaires, ils fondèrent leur propre parti, le Pan African Congress (PAC), en avril 1959. Ils se sentaient proches des autres nationalistes du continent.

IDAF / JA

En mars 1960, les militants du PAC, qui pensaient qu’on pourrait se débarrasser des Blancs, se montrèrent particulièrement actifs. Les boycottages et les protestations qu’ils organisaient avec, malgré tout, le soutien de l’ANC, dégénèrent à Sharpeville. Le 21 mars 1960, une dizaine de milliers de manifestants assiégèrent le commissariat de police. Les policiers ouvrirent le feu, faisant 69 morts. Le département d’État américain (sous Kennedy) critiqua vivement Pretoria, le Conseil de sécurité de l’ONU condamna le gouvernement sud-africain, la France et la Grande-Bretagne s’abstinrent. Le 8 avril, dix ans après celle du Parti communiste, le gouvernement prononça l’interdiction de l’ANC et du PAC. Elle durera trente ans.

Le chemin de l’exil

Dès juin 1959, l’ANC avait décidé qu’en cas de crise grave son secrétaire général Oliver Tambo prendrait le chemin de l’exil. Ce qu’il fit immédiatement après le massacre de Sharpeville. Il ne retournerait en Afrique du Sud qu’en 1990. Tout au long de ces trente années, la survie de l’ANC et la lutte contre l’apartheid allaient dépendre du sens politique de Tambo et de la confiance qui régnerait entre lui et Madiba en prison.

Décidé à utiliser tous les moyens de pression, Mandela se prépara à la lutte armée. Il fit adopter, malgré les réserves du nouveau président de l’ANC, Albert Luthuli, le principe d’une organisation militaire, l’Umkhoto we Sizwe (MK), «la Lance de la nation ». Et entreprit, en janvier 1962, une tournée à l’étranger pour recueillir de l’argent et organiser la formation des combattants du MK. Elle le mena en Tanzanie, au Ghana, en Ethiopie, en Tunisie, en Égypte, en Algérie, au Maroc, à Londres. Il rentra en Afrique du Sud le 24 juillet, via l’Éthiopie, et fut arrêté le 5 août. Le 7 novembre, il fut condamné à trois ans de prison pour incitation à la violence, plus deux ans pour être parti à l’étranger sans autorisation.


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