Politique

Cameroun : fallait-il condamner Ahmadou Ahidjo ?

Paul Biya et Ahmadou Ahidjo. © Extrait de la une de J.A du 14 mars 1984.

Seize mois après avoir quitté le pouvoir, l'ancien président camerounais a-t-il cherché à éliminer le successeur qu'il avait lui-même désigné ? À l'occasion de la commémoration du 25e anniversaire de la mort d'Ahmadou Ahidjo, "Jeune Afrique" réédite l'un de ses articles sur cette affaire, paru dans son numéro 1210 du 14 mars 1984.

Dans le drame qui se joue entre Paul Biya et son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, tout le monde se sent de trop. Journalistes et lecteurs, Camerounais et amis du Cameroun, opposants d’hier et d’aujourd’hui, loyalistes de toujours, politiciens et militaires. Tout le monde est spectateur. Tout le monde est, à des degrés divers, victime.

Victime d’une tragédie que l’on peut qualifier de grecque ou de shakespearienne, une tragédie où, à côté des deux principaux acteurs, il y a un troisième, omniprésent, écrasant, impitoyable : le destin. Ou, pour utiliser des termes plus acceptables en notre siècle cartésien, les lois de la politique, celles de l’histoire et celles, surtout, de la psychologie humaine.

Ahidjo a voulu défier ces lois, forcer le destin. Qu’il regrette amèrement aujourd’hui d’avoir quitté le pouvoir, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Qu’il ait voulu revenir en arrière, refaire l’histoire, qu’il ait, en un moment d’ulcération lancé des imprécations dans lesquelles des fidèles zélés ou des juristes scrupuleux ont pu voir l’ébauche d’un crime, cela n’est pas impensable. Mais, une fois de plus ces fidèles et ces juristes sont eux aussi de trop. Cette affaire ne concerne que deux hommes. Deux hommes qui se "pratiquent" depuis vingt ans, entre lesquels se sont tissés, au cours de leur longue collaboration, des liens qu’eux seuls peuvent connaître.

>> La une du magazine Jeune Afrique n° 1210 du 14 mars 1984 <<

"Affaire Ahidjo"

Quand on est le chef indiscuté, on ne se rend pas compte de ce qu’on peut faire subir à on entourage. On ne sait pas quel reproche a été ressenti comme une vexation. Par tempérament, par devoir, par inadvertance, on fait vivre un pays, un Etat, une cour à son rythme. Quand on croit préserver, on emprisonne. Quand on croit protéger, on écrase. Quand on croit aimer, on étouffe. Et quand on croit être aimé, on est seulement craint.

Il faudrait avoir vécu vingt ans dans l’intimité de Biya et Ahidjo pour sentir ce que signifie réellement l’épisode actuel dans leur histoire commune.

Ingratitude ? Trahison ? Vengeance ? Soulagement ? Libération ? Le plus important, le plus urgent, c’est que le Cameroun sorte très vite de l’atmosphère malsaine, stérile, destructrice, où "l’affaire Ahidjo" l’a plongé.

Il est urgent, pour l’image de ce pays, pour son équilibre, que le dossier soit classé. Que les deux acteurs du drame tirent définitivement un trait sur le passé. Et, par-dessus tout, que le sang ne coule pas.

>> Retrouvez ici tous les articles du dossier "Ahmadou Ahidjo, 25 ans d’exil funéraire"

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