Politique

Au marché central de Bangui, musulmans et anti-balaka trouvent des terrains d’entente

Un commerçant au marché central de Bangui. © Sylvain Cherkaoui

Les miliciens centrafricains anti-balaka qui ont pris le pouvoir au marché du centre de Bangui tolèrent les commerçants musulmans qui font le choix de rester... et de payer pour leur protection.

Après des mois de "nettoyage ethnique" dans la capitale centrafricaine, la présence des musulmans s’est réduites à peau de chagrin, principalement autour de la grande mosquée du quartier dit PK5, et dans celui du PK12. Mais au marché central de la capitale, une poignée de musulmans sont aussi restés. Ceux sont pourtant des anti-balaka, ces miliciens largement responsables de l’épuration antimusulmane, créés en réaction aux exactions de la rébellion Séléka, qui ont pris le pouvoir dans cette zone.

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"Mais tous les anti-balaka ne sont pas les mêmes", assure Ngom Cheikh Tidiane, commerçant sénégalais qui tient toujours sa petite échoppe de textile – malgré les violences qui ont poussé la plupart de ses coreligionnaires sur le chemin de l’exil – après avoir renvoyé au pays sa femme et ses enfants. "Je suis menacé régulièrement, explique-t-il. Mais j’ai encore des biens ici, que je ne peux pas liquider comme ça. Et puis, rien de grave ne m’est arrivé pour l’instant. Je connais bien le chef anti-balaka, Douze puissance."

Ndiaye Kane, un commerçant sénégalais de 49 ans, dont 16 en Centrafrique, vient tous les jours de sa maison du PK5 jusqu’à sa boutique, traversant au passage un no man’s land où peu osent s’aventurer. "Bien sûr, j’ai peur. Comme tout le monde. Mais jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu de problèmes, explique-t-il. Et pourtant je fais mes ablutions devant ma boutique et je prie au vu de tout le monde".

Quand des gens viennent prendre nos biens, ils nous protègent. En échange, nous leur donnons quelque chose.

Les musulmans ouest-africains, moins assimilés aux rebelles Séléka que ceux originaires du Tchad ou du Soudan, sont mieux tolérés. Mais cela n’explique pas tout. Ainsi Abdel Nassir, dont le ton clair équivaut condamnation à mort dans certains quartiers, continue de tenir sa boutique électronique avec son associé tchadien. Il se dit protégé par les anti-balaka qui gèrent désormais le quartier. "Ils font la différence entre les civils musulmans et les Séléka, explique-t-il de sa voix hésitante. Quand des gens viennent prendre nos biens, ils nous protègent, explique-t-il. En échange, nous leur donnons quelque chose chaque semaine."

"Si des bandits viennent ici, on les chicotte et on les chasse, confirme Innocent, un membre de ces anti-balakas. S’il y a de plus gros problèmes, alors on appelle les soldats de la Misca (Force de l’Union africaine)."

Cet après-midi là, c’est lui qui occupe le bureau du chef, dans un marché couvert où flottent de fortes odeurs de poisson fumé. Du haut de ses 28 ans, ce jeune homme qui a intégré sa milice "en brousse" il y a huit mois, gère le marché en l’absence de son chef, dont il préfère taire le nom. "Ce ne sont pas seulement les musulmans qui payent mais tous les commerçants du marché, tient-il à préciser dans son français hésitant. Et ils le font par leur propre volonté", ajoute-t-il sans rire.

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Pierre Boisselet 

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