Politique

Nairobi dans le rouge

Parmi les mauvaises performances de l’année écoulée, le Kenya, le Tchad et le Niger paient le prix de l’instabilité.

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Mis à jour le 20 novembre 2008 à 07:23

Classer les pays africains selon l’efficacité de leur gouvernement et leur degré d’ouverture démocratique reste un exercice subjectif. Pour la deuxième année consécutive, nous vous présentons notre palmarès politique, élaboré à partir des opinions recueillies au sein de la rédaction de Jeune Afrique. Ce classement 2008 étant le reflet de notre perception des progrès politiques constatés au cours de l’année écoulée, nous en revendiquons toute sa subjectivité. Tout comme en 2007, le Botswana, Maurice, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud occupent les premières marches du podium. Viennent ensuite plusieurs États subsahariens qui confirment ainsi leurs efforts en matière de gouvernance, comme la Tanzanie, le Bénin, le Ghana ou le Mozambique, ainsi que le Maroc, qui se classe en tête des pays d’Afrique du Nord. Dans le milieu du tableau, on retrouve un certain nombre d’États considérés comme stables, mais qui connaissent encore des problèmes récurrents de gouvernance, et de corruption en particulier, comme le Sénégal, le Gabon, le Cameroun ou le Nigeria. Dans le dernier tiers du classement figurent des pays politiquement fragiles, soit parce qu’ils subissent des crises persistantes, comme le Burundi ou la RD Congo, soit parce qu’ils sont encore en voie de stabilisation, comme l’Angola et la Sierra Leone. Enfin, le bas du tableau est occupé par les États en situation de crise généralisée, comme le Zimbabwe ou la Somalie. Si l’on compare le classement 2008 à celui de 2007, on constate des régressions notables. Parmi les contre-performances les plus éclatantes, on peut citer celle du Kenya, qui perd sept places par rapport à l’année précédente : la crise politique consécutive à la contestation du scrutin présidentiel du 27 décembre 2007 a fait près de 1 500 morts en deux mois et provoqué de vastes mouvements de population fuyant les violences. L’économie kényane a fortement souffert de cette instabilité, et toute l’Afrique de l’Est en a subi les conséquences : en janvier 2008, les pays voisins ont ainsi connu de graves difficultés d’approvisionnement, notamment en hydrocarbures. Autres pays ayant connu de graves difficultés, la Centrafrique et le Tchad subissent une instabilité persistante du fait de la pression exercée par différents groupes rebelles actifs sur leurs territoires respectifs. À tel point que N’Djamena a failli tomber, en février 2008, face à l’avancée de groupes armés soutenus par le Soudan. Et si le président Idriss Déby Itno est parvenu à se maintenir au pouvoir, l’état d’urgence a été proclamé et certains membres de l’opposition ont été enlevés. Dans la même zone géographique, le régime de Niamey est également victime d’une rébellion, celle du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ, touareg), ce qui explique la baisse de cinq points du Niger par rapport à l’an dernier.

ÉMEUTES CONTRE LA VIE CHÈRE

Parmi les facteurs d’instabilité, l’inflation, et plus particulièrement la hausse des prix des produits de première nécessité, contribue à catalyser le mécontentement populaire, au risque de provoquer de graves émeutes : le Cameroun et le Burkina en ont fait les frais à la fin de 2007, ce qui explique leur baisse de deux points chacun. Enfin, dans le haut du tableau, la Tunisie perd deux points : l’élection présidentielle de 2009, à laquelle le chef de l’État, Ben Ali, sera vraisemblablement candidat, risque de se transformer en un nouveau plébiscite en faveur du sortant. L’Afrique du Sud recule également, d’une place. À la suite des gigantesques pannes de courant qui ont paralysé l’économie en janvier 2008, le gouvernement a présenté ses excuses au pays, avouant ne pas avoir tenu compte des mises en garde formulées par la compagnie nationale d’électricité Eskom il y a dix ans, lorsque celle-ci avait réclamé davantage de crédits pour accroître ses capacités de production. Parmi les progressions de l’année, on peut souligner celle de la Côte d’Ivoire, même si la date de l’élection présidentielle a dû être reportée, et celle de la Mauritanie, qui a, pour sa part, organisé un scrutin présidentiel transparent en 2007, mettant fin à la transition amorcée en août 2005 par le putsch du colonel Ely Ould Mohamed Vall.