Société

Le vent du boulet a soufflé sur N’Djamena

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Mis à jour le 27 novembre 2008 à 11:30

Cette année, le Tchad a fait les gros titres de la presse internationale. Offensive rebelle contre N’Djamena, affaire rocambolesque de l’Arche de Zoé… Les responsables de cette ONG française créée en 2005 ont été arrêtés le 25 octobre à Abéché (Est), alors qu’ils s’apprêtaient à emmener en avion 103 enfants présentés comme des orphelins exfiltrés du Darfour. Au total, 21 personnes ont été inculpées par la justice tchadienne, parmi lesquelles l’équipage espagnol de l’avion affrété pour le transport des enfants et des journalistes. Le 4 novembre, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a obtenu la libération de sept des personnes gardées à vue qui avaient été mises hors de cause par le président de l’ONG, Éric Breteau.

Idriss Déby Itno ayant décidé que les inculpés « seraient jugés au Tchad », les six membres de l’Arche de Zoé ont été condamnés à huit ans de travaux forcés par la cour criminelle de N’Djamena, le 27 décembre, avant d’être « transférés » en France, où la peine prononcée à leur encontre a été commuée en huit ans de prison ferme, conformément aux accords de coopération judiciaire signés en 1976 entre la France et le Tchad. Ils ont finalement été graciés par le président tchadien le 31 mars 2008.

Le retentissement de cette affaire a relégué au second plan l’intensification des combats entre les forces armées nationales tchadiennes et les différents mouvements rebelles. Le 25 octobre 2007, le président Idriss Déby Itno avait pourtant signé un accord avec quatre grands mouvements rebelles. Mais celui-ci n’est jamais entré en application et les combats ont repris en novembre, causant des centaines de morts de part et d’autre. Ils se sont même aggravés, le 1er février 2008, avec l’entrée d’une colonne rebelle dans la capitale. Ce conflit oppose les ethnies du nord du pays : face à l’armée nationale menée par les Zaghawas, clan du président Déby Itno, on retrouve des rebelles des différentes ethnies de la région du Borkou-Ennedi-Tibesti (Nord) : les Goranes de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri, les Arabes du CNT (Concorde nationale du Tchad) de Hassan Saleh al-Djinedi et les Bideyat fidèles à Timan Erdimi, du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Pour l’instant, une partie des forces de l’ancien ministre de la Défense et leader du Front uni pour le changement (FUC), Mahamat Nour Abdelkerim – qui a été démis de ses fonctions en novembre 2007 par Idriss Déby Itno –, a rejoint l’UFDD. Mais l’armée gouvernementale, équipée grâce à l’argent du pétrole, a réussi à repousser ces rebelles en territoire soudanais. Pour l’instant…

Malgré la guerre, les investissements ne manquent pas. La China National Petroleum Corporation (CNPC) a ainsi annoncé son intention de lancer la construction d’une raffinerie au nord de N’Djamena. Désormais incontournable à cause des besoins colossaux en matières premières de son industrie, la Chine est aux avant-postes dans la plupart des projets. En visite d’État à Pékin du 20 au 23 septembre 2007, Idriss Déby Itno a obtenu de l’Exim Bank of China un prêt préférentiel de 92 millions de dollars destiné à la construction d’une cimenterie à Baoré, dans le Mayo Kebbi, au sud-ouest du pays. Les travaux seront exécutés par la China CAMC Engineering Co. La cimenterie aura une capacité de production de 200 000 tonnes pour une durée d’exploitation estimée à trente ans.