Politique

Changement de mentalité

Contrairement à une opinion largement répandue, l’Afrique progresse. Si la persistance des guerres civiles, la propagation de la pandémie du sida, l’aggravation des inégalités et de la pauvreté peuvent inciter à croire le contraire, le continent vit aujourd’hui des mutations profondes, annonciatrices d’un bond qualitatif. À l’image de l’Europe, qui a fait siens les principes de la philosophie des Lumières avant d’amorcer sa révolution industrielle du XIXe siècle.

Tout, dans l’histoire récente de l’Afrique, à commencer par les crises, traduit une révolution culturelle obstinée, qui passe au besoin par le sang. Havre de paix en Afrique de l’Est, jusqu’ici connu pour ses safaris et ses paysages paradisiaques, le Kenya a sombré dans une violence aveugle qui a fait 1 500 morts entre les mois de janvier et mars derniers. À l’origine de cette convulsion, une revendication de respect du jeu démocratique, menée principalement par des jeunes s’élevant contre le trucage grossier de l’élection présidentielle du 27 décembre 2007 par le régime de Mwai Kibaki. À peine le feu s’éteignait-il à Nairobi que le Cameroun, modèle de stabilité en Afrique centrale, subissait, du 25 au 29 février, les foudres de manifestants. Mobilisés contre la vie chère, les émeutiers ont profité de ce qu’ils occupaient la rue pour dénoncer une éventuelle réforme constitutionnelle visant à faire sauter le verrou limitant à deux le nombre de mandats successifs possibles à la tête du pays.

Telle une sentinelle, la population africaine se dresse pour exiger le respect des règles du jeu. Parmi les plus tragiques manifestations qui illustrent cette tendance, on peut également citer les douloureux événements qui ont secoué le Togo après la mort, le 3 février 2005, de Gnassingbé Eyadéma, à l’occasion de l’élection présidentielle destinée à désigner son successeur. Manipulations électorales, tripatouillages constitutionnels, successions dynastiques et coups d’État ont de plus en plus de mal à passer en Afrique.â©La mobilisation contre ces pratiques transcende les clivages ethniques et partisans. Elle échappe aux mouvements politiques et prend la forme de manifestations aussi massives que spontanées. D’où le rôle croissant des associations citoyennes et de la société civile, qui multiplient les combats pour des causes « transversales ». En 2006, au Niger, un des pays les pauvres du monde, c’est un Collectif de la société civile contre la vie chère qui a réussi, à force de marches de protestation, à imposer au gouvernement la réduction des prix des produits de première nécessité.

Au début de l’année 2007, ce sont les deux principales centrales syndicales de la Guinée qui, au prix de 120 manifestants tués, ont enrayé la descente aux enfers du pays sous la férule d’un régime usé et décrié. Elles ont notamment réussi à arracher au chef de l’État, Lansana Conté, la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de consensus.

Comme toutes les régions du monde, l’Afrique s’exerce à la démocratie d’opinion, à la participation citoyenne et à l’implication de la société civile. Dans le domaine économique, le boom des corporatismes, de la mutualité et des caisses d’épargne de branches professionnelles traduit une volonté de réduire la dépendance vis-à-vis d’institutions publiques qui ont montré leurs limites. Le microcrédit se généralise sur le continent, à l’instar du projet Birima, récemment fondé par Youssou N’Dour, une icône de la musique africaine, qui se fixe comme objectif de « renforcer la culture de l’autonomie, développer l’esprit d’entreprise et lutter contre la pauvreté par le financement de projets professionnels portés par des personnes modestes. »

Connectés au reste du monde par les chaînes satellitaires et les nouvelles technologies de l’information, les Africains s’attellent, à l’instar des citoyens des pays développés qu’ils voient vivre au quotidien, à prendre leur destin en main. Si la hausse de son taux de croissance économique ne parvient pas encore à la faire décoller, l’Afrique est actuellement le théâtre d’un changement progressif – mais inéluctable – des mentalités.

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