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Pétrole: l’Afrique face à la chute des cours

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À l’heure des « new players »

Avec l’entrée en lice de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Tchad, les équilibres économiques se modifient peu à peu.

Par - Pascal Airault
Mis à jour le 19 décembre 2008 à 14:43

On les appelle en anglais les new players (« nouveaux joueurs »). En Afrique subsaharienne, ils rejoignent les producteurs historiques de pétrole tels que le Cameroun, le Gabon ou encore le Nigeria. L’Angola et la Guinée équatoriale en ont fait partie. Le Ghana vient de les rallier, depuis que les sociétés américaine Kosmos Energy et britannique Tullow Oil ont révélé en juin 2007 le potentiel de Jubilee Field au large de Takoradi, à 65 km des côtes. De ce champ, qui entrera en production en 2010, seront extraits quotidiennement quelque 120 000 barils, contre 6 000 aujourd’hui. Évaluées initialement entre 500 millions et 1,3 milliard, ses réserves pourraient atteindre 3 milliards de barils, ce qui en fait l’une des plus grandes découvertes d’Afrique de l’Ouest des dix dernières années. Le pétrole testé se révèle de surcroît de grande qualité (une gravité de 37° API, proche de celle du brent). La production quotidienne du pays pourrait atteindre les 250 000 barils dès 2012.

Le sous-sol ghanéen est loin d’avoir livré tous ses secrets. Une quarantaine d’entreprises ont exprimé leur intérêt pour des opérations d’exploration, et onze sociétés, parmi lesquelles Devon Energy, Anadarko, Amerada Hess, Sabre Oil & Gaz (États-Unis), Vanco et Gasop Oil (Royaume Uni), Vitol Upstream (Pays-Bas et Suisse), Saltpond Oilfield (Nigeria), ont signé des accords avec la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC). Pour gérer ces nouveaux revenus, qui pourraient atteindre 3 millions de dollars par jour, le gouvernement envisage d’adopter le modèle norvégien de gestion des ressources.

En Côte d’Ivoire, les autorités disent également promouvoir ce modèle de gouvernance. Ce qui n’est, semble-t-il, pas le cas. La Banque mondiale l’évoque en termes diplomatiques à l’issue de sa dernière mission, en novembre 2008 : « Nous recommandons aux autorités de prendre des mesures aux fins d’exercer un meilleur contrôle sur les volumes de pétrole exportés. » Les officiels ivoiriens donnent des estimations de production oscillant entre 47 000 et 50 000 barils par jour (b/j), quand les rapports de la Banque mondiale et du FMI parlent de plus de 60 000 b/j et même de 80 000 b/j en 2009.

 

200 000 b/j en Côte d’Ivoire

Les réserves prouvées des champs ivoiriens Baobab et Espoir sont d’au moins 300 millions de barils, exploitables dans les quinze ou vingt prochaines années. Des recherches sont en cours sur une trentaine de blocs attribués. Une dizaine de sociétés sont très actives, dont Foxtrot International (Bouygues), Tullow Oil, Edison, Vanco et Yam’s Petroleum, de Pierre Fakhoury. Le président Gbagbo estime que la production du pays pourrait atteindre 200 000 b/j d’ici à la fin de la décennie. Les autorités ivoiriennes ont confié au cabinet américain Van Meurs Corporation (VMC) un projet de révision de tous les contrats pétroliers de partage de production afin d’augmenter la rétribution de l’État.

Aux côtés du Tchad, producteur depuis 2003, le Mali et le Niger feront-ils un jour partie des new players ? Le français Total, l’américain Exxon et les compagnies chinoises CNPC (China National Petroleum Corporation), Sinopec (China Petroleum & Chemical Corporation) et CNOOC (China National Offshore Oil Corporation) y sont très actifs.