Culture

Il a tout des grands

Le poche séduit de plus en plus. Il fait peau neuve avec des collections relookées et des présentations de luxe.

Par - Dominique Mataillet
Mis à jour le 19 décembre 2008 à 15:57

Jean-Paul Sartre, en son temps, qui nous apparaît aujourd’hui comme antédiluvien, s’interrogeait : « Les livres de poche sont-ils de vrais livres ? Leurs lecteurs sont-ils de vrais lecteurs ? » Pour le héraut de l’existentialisme, souvent mieux inspiré, l’apparition, au début des années 1950, de ces ouvrages au format réduit et imprimés sur un papier médiocre sonnait l’émergence d’une sous-culture.

Un demi-siècle plus tard, le poche a définitivement conquis ses lettres de noblesse. Selon le Syndicat national de l’édition (SNE) français, il représentait, en 2006, 22,5 % de la production en titres et 27,6 % en exemplaires. Pour ce qui est des ventes, sa part était de 30,2 % en exemplaires et de 14,3 % en chiffre d’affaires.

Sa montée en puissance ne tient pas seulement à son prix – en général deux à trois fois moindre que celui de l’édition brochée équivalente. Fini les couvertures au gra­phisme mièvre et répétitif. L’ensemble des éditeurs ont relooké leurs collections. Qui plus est, à la veille des fêtes de fin d’année, ils ont pris l’habitude de puiser dans leurs fonds certains titres parmi les plus prestigieux pour leur donner une nouvelle vie sous une présentation exceptionnelle.

Cette année, 10/18 sort six volumes (dont Les Cerfs-Volants de Kaboul, de Khaled ­Hos­seini) dans une version cartonnée sous jaquette. Pour son cinquantenaire, la collection J’ai lu, de Flammarion, a lancé quatre ouvrages à la couverture soignée, parmi lesquels L’Allumeur de rêves berbères, de l’humoriste algérien Fellag. Tandis que Le Livre de poche propose un « coffret de Noël » (Terre des oublis, de Duong Thu Huong, Les Yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol…), Folio reprend notamment Testament à l’anglaise, de Jonathan Coe, en édition luxe sous étui et Le Lièvre de Vatanen, du Finlandais Arto Paasilinna, recouvert d’un semblant de fourrure…

La palme de l’originalité revient probablement à la collection Points, du Seuil, qui a fait appel aux étudiants des Arts-Déco de Paris pour habiller huit de ses Nobel. De La Pianiste, d’Elfriede Jelinek, à Cent Ans de solitude, de Gabriel ­García Marquez, en passant par Pelures d’oignon, de Günter Grass, et Disgrâce, de John Maxwell Coetzee, chaque couverture est une petite œuvre d’art.

Mais là où le poche empiète encore un peu plus sur le territoire des éditions brochées, c’est en multipliant la publication d’inédits. La collection 10/18, pionnière en la matière, a ainsi récemment publié, en deux volumes, les remarquables Chroniques d’Edimbourg, d’Alexander McCall Smith. Points, décidément très en verve, vient de faire paraître Ma grand-mère avait les mêmes, où Philippe Delerm met au jour le sens enfoui des petites phrases quotidiennes.

Le petit poche a vraiment désormais tout des grands…