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Cet article est issu du dossier «Spécial Madagascar: les vidéos, les dépêches»

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Bras de fer à Tana

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Accusé par le pouvoir de troubler l’ordre public, le maire d’Antananarivo organise sa résistance.

Les relations entre le pouvoir et Andry Rajoelina, le maire d’Antananarivo, sont pour le moins tendues. Le 13 décembre, la chaîne de télévision Viva TV, qui appartient à l’édile, doit cesser ses émissions, accusée d’avoir diffusé des propos susceptibles de « troubler l’ordre et la sécurité publique ». En cause : un publireportage de l’ancien président Didier Ratsiraka, exilé à Paris depuis 2002. Pour le patron de Viva TV, cette décision « purement politique » intervient alors que « le gouvernement avait l’intention de fermer notre antenne depuis longtemps ». Le maire lance alors un ultimatum au régime, exigeant la réouverture de sa chaîne pour le 13 janvier. Parallèlement, il boycotte la cérémonie des vœux du chef de l’État, qui se tient le 9 janvier au palais de Iavoloha… et organise le même jour une cérémonie concurrente. Perçu par la présidence comme une provocation, ce geste est suivi par un nouvel épisode : le 17 janvier, celui que ses administrés surnomment « Andry TGV » procède, devant une foule imposante, à l’inauguration d’une « place de la Démocratie », à Tana. L’occasion pour lui de critiquer vertement le pouvoir. Le maire de Tana dénonce la confusion entre la conduite des affaires municipales par le président Ravalomanana lorsqu’il occupait l’hôtel de ville et ses intérêts personnels. Et révèle que des emplois fictifs, créés au sein des instances communales, auraient permis de rémunérer des cadres du groupe Tiko, propriété du chef de l’État. Il évoque également l’installation de Malagasy Broadcasting System (MBS, station de radio et de télévision appartenant à Ravalomanana) sur un terrain de la communauté urbaine. D’après lui, selon le contrat de location établi par le maire de l’époque, le loyer versé par MBS à la ville se limiterait à un vague « échange de services ».

La réplique ne se fait pas attendre. Dans la nuit du 17 au 18 janvier, les forces de l’ordre procèdent au démantèlement de l’émetteur de Viva TV, empêchant ainsi toute diffusion. Et moins de 48 heures plus tard, Rajoelina reçoit une mise en demeure de son autorité de tutelle à propos de Radio Viva : « Le contenu des programmes diffusés sur cette station tend à inciter à la désobéissance civile et à ébranler la confiance du public envers les institutions de la République », explique le ministre des Postes et de la Communication.

L’affrontement entre le maire et le gouvernement n’est pas surprenant. En conquérant Tana, Rajoelina a infligé au camp présidentiel son premier revers électoral lors des municipales de 2007. Parachuté sur la scène politique, cet entrepreneur autodidacte s’est fait connaître en organisant des événements culturels. Directeur d’Injet, une agence de communication et de marketing, il semble apprécié des habitants de la capitale, notamment pour ses actions de bienfaisance dans les quartiers les plus pauvres. Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui de l’actuel chef de l’État, homme d’affaires qui a conquis l’hôtel de ville de Tana avant d’accéder, deux ans plus tard, à la magistrature suprême.

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