Politique

Les folles dépenses des Mugabe

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Si le président de la République a accepté de former un gouvernement d’union, il ne semble en revanche pas résolu à réduire son train de vie, bien au contraire. Le couple Mugabe vient d’acheter une résidence dans la banlieue de Hong Kong. Pour 4,5 millions d’euros...

Quand, il y a huit ans, les Mugabe se sont lancés dans la construction d’un palace de vingt-cinq chambres dans une banlieue chic d’Harare, les Zimbabwéens ont certes dénoncé la gabegie, mais ils ont aussi été rassurés : leur leader préparait sa retraite, il irait bientôt passer ses vieux jours dans sa somptueuse villa et lâcherait enfin le pouvoir. Leur espoir a été déçu. Robert et Grace ont bien emménagé en 2006 dans la propriété de Borrowdale, mais le président n’a toujours pas quitté ses fonctions.

Avec – officiellement – 15 000 euros de salaire mensuel, le chef de l’État, 85 ans, n’a pu faire face au coût de la construction. Le Premier ministre malais d’alors, Mahathir Bin Mohamad, un ami du couple Mugabe, avait offert, pour une valeur de 40 000 dollars, des bois précieux destinés aux finitions. Pour le reste, « c’est le parti qui a payé la villa », affirmait à l’époque un haut cadre de la Zanu-PF (Zimbabwe African National Union-Patriotic Front). Une sorte de cadeau pour ses « services à la nation ». Recevant dans l’immeuble décrépi du parti, avec ses ascenseurs sans lumière, ses moquettes élimées et ses portes sans poignée, il avait fini par avouer, hors micro : « Vous savez, le président ne partira pas. Pas maintenant… Grace est jeune et elle n’a pas encore fini son shopping. »

C’était en 2003. Depuis, Grace Mugabe continue, inlassablement, à remplir ses armoires. Souvent comparée à Imelda Marcos, l’épouse de l’ancien dictateur philippin réputée pour sa collection de chaussures, la compagne du président zimbabwéen, 43 ans, aime faire les magasins. Pendant des années, Grace avait pris ses habitudes dans les grandes capitales européennes. Paris, Rome, Londres, pour des virées de shopping réputées grandioses. « J’ai les pieds très fins, je ne supporte que les Ferragamo », a-t-elle répondu à un journaliste qui la questionnait sur sa passion pour les chausseurs de luxe.

 

Vers le soleil levant

Au grand regret de la première dame, surnommée « The First Shopper of Zimbabwe » (la « première cliente »), les portes de l’Europe, comme celles des États-Unis, se sont fermées en 2004, quand son époux et elle-même ont été visés par des sanctions internationales. En juin dernier, dans un ultime pied de nez, Robert Mugabe participait à Rome à un sommet de l’ONU sur la sécurité alimentaire. Pendant que le chef de l’État, qui est parvenu à ruiner l’agri­culture de son pays, assistait à la réunion, son épouse faisait les boutiques. Avant de quitter Harare, elle avait retiré de la Banque centrale, dirigée par son ami Gideon Gono, quelque 80 000 dollars. Ce fut le dernier voyage en Europe. « Nous allons nous tourner vers l’Asie, où le soleil se lève, et tourner le dos à l’Occident, où le soleil se couche », lançait alors Robert Mugabe à propos des relations extérieures du Zimbabwe, sur un ton de défi. Le changement de cap s’applique aussi aux investissements personnels.

Cependant, dans le fatras d’informations, relayées le plus souvent par les médias britanniques, certaines sont totalement « bidons ». Ce fut le cas récemment avec des photos circulant sur Internet, reprises dans la presse, censées montrer l’intérieur de la villa de Borrowdale et qui n’avaient même pas été prises au Zimbabwe.

Le dernier scandale, révélé la semaine dernière par le Sunday Times, semble en revanche tout à fait sérieux. Cette fois, il s’agit de l’achat par les Mugabe d’une maison de trois étages, dans la banlieue de Hong Kong, pour 4,5 millions d’euros (voir photo). Peut-être un investissement en prévision d’une paisible retraite… même si les Zimbabwéens savent maintenant qu’il ne faut pas rêver d’un départ anticipé. Depuis plusieurs années, le couple présidentiel passe ses vacances en Asie, le plus souvent en Malaisie. Les journaux zimbabwéens ont fait état d’une ou plusieurs propriétés familiales dans la région sans pouvoir en apporter de preuves formelles. En revanche, il est vrai que la fille de Robert et de Grace, Bona, étudie depuis quelques mois dans une université de Hong Kong. Les liens entre les Mugabe et l’Asie sont de plus en plus serrés.

 

Les diamants de l’urologue

En novembre 2008, le département américain du Trésor a d’ailleurs ajouté à la liste des personnalités sous sanctions deux personnalités asiatiques. La première est Nalinee Joy Taveesin, une femme d’affaires thaïlandaise, qui a « facilité des transactions immobilières, financières et un commerce de pierres précieuses » pour des personnalités zimbabwéennes, au premier rang desquelles Grace Mugabe et Gideon Gono. Le second est le Malais Mahmood Awang Kechik, l’urologue de Robert Mugabe, qui, « sous couvert de ses activités médicales », a, selon les Américains, effectué des « transactions » secrètes, notamment avec Gideon Gono, banquier personnel de la première dame.

Avant d’investir en Asie, le chef de l’État et son épouse ont acquis de nombreux biens chez eux, au Zimbabwe. Au début des années 1990, Robert Mugabe s’est construit une superbe résidence à Kutama, son lieu de naissance, à 80 km au nord-ouest d’Harare. À la faveur de la réforme agraire, la famille a aussi récupéré une magnifique propriété à la campagne, appartenant à un couple de fermiers blancs sommé de quitter les lieux en quarante-huit heures. Enfin, il y a quelques années, la première dame avait aussi fait construire, sur fonds publics, « Graceland », une immense propriété à Harare. Face au tollé qu’a suscité l’affaire, la villa fut revendue et, selon la presse locale, l’acheteur serait Mouammar Kadhafi, resté longtemps un allié fidèle du dictateur zimbabwéen.

La corruption, indique une enquête présentée en 2006 par le Mass Public Institute, un organisme de recherche zimbabwéen, a connu un « développement exponentiel » à partir de la fin des années 1980. Le rapport souligne notamment que l’implication de hautes personnalités dans des détournements et autres malversations est devenue « endémique » depuis 2002. Début février, Grace a encore obtenu la saisie de la ferme d’un magistrat de la Haute Cour d’Harare. Le juge Ben Hlatshwayo avait reçu cette propriété agricole appartenant à un fermier blanc en 2002, dans le cadre de la réforme agraire. Contrairement à la quasi-totalité des propriétés saisies, la ferme continue à produire.

 

Happy Birthday, Bob !

Malgré la crise et les scandales, les dépenses ne diminuent pas. Toujours aussi fringuant, le chef de l’État fêtera le 28 février, avec une semaine de retard, son 85e anniversaire. Pour l’occasion et comme chaque année, les chefs d’entreprise ont été sollicités pour acheter de quoi régaler les convives. Le comité d’organisation annonce une « fête grandiose » et a commandé 500 têtes de bétail. Officiellement, une partie sera redistribuée aux nécessiteux. Le quotidien britannique The Times, de son côté, dit avoir reçu d’un contact au Zimbabwe la « liste de course » transmise aux chefs d’entreprises : 2 000 bouteilles de Moët & Chandon et de Bollinger, 500 bouteilles de whisky, 8 000 homards, 4 000 portions de caviar, 3 000 canards et 8 000 boîtes de Ferrero Roche d’or. Qu’importe le menu, les Zimbabwéens une fois de plus se plaisent à rêver que ce soit aussi un dîner d’adieu.

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