Société

Pape Mbaye, réfugié sexuel

Par - Yvan Couronne, à New York
Mis à jour le 23 février 2009 à 16:51

Persécuté pour son homosexualité, Pape Mbaye a quitté Dakar. Bénéficiant d’un statut de réfugié aux États-Unis, il a décidé d’y refaire sa vie.

Il est 5 heures du matin, le 2 février 2008, quand une quinzaine de policiers du Département d’enquêtes criminelles débarquent dans l’appartement de Pape Mbaye, à Dakar. À 24 ans, le chanteur est promis à une belle carrière artistique. Il anime des fêtes pour des personnalités politiques et sportives et gagne jusqu’à 1 000 dollars par soirée. Mais, ce matin-là, Pape Mbaye va droit en prison. La veille, une photo du mensuel Icône l’a montré lors d’un mariage. Entre deux hommes.

Un an plus tard, en boubou et les ongles vernis, Pape Mbaye se promène dans le quartier noir de Harlem, à New York. Son anglais est encore faible, mais les tenues sont typiquement new-yorkaises : manteau de fausse fourrure zébrée et chaînes en argent. L’Amérique l’a accueilli en août pour persécutions homophobes. Visa en poche, le nouveau réfugié a choisi New York. « J’ai toujours admiré l’Amérique, car tout le monde respecte la loi, ici », dit-il, avant d’avouer même son admiration pour le président George W. Bush : « Parce que c’est un guerrier. »

Depuis 1994, les gays persécutés dans leur pays d’origine sont éligibles au statut de réfugié aux États-Unis. Aucune statistique n’existe sur ces réfugiés, mais ils sont peu nombreux, la loi étant encore peu connue. Pris en charge par un avocat de Washington et aidé par deux ambassades européennes, Pape Mbaye a finalement obtenu un visa auprès de l’ambassade américaine d’Accra, au Ghana, après plusieurs mois de fuite. Entre le lynchage médiatique et les cicatrices qui marquaient encore son corps, Pape n’a eu aucun mal à prouver la réalité des persécutions dont il était l’objet.

L’affaire du faux mariage gay auquel Pape assistait a éclaté à un mois du 11e sommet de l’Organisation de la Conférence islamique à Dakar. Et a fait l’objet d’une exploitation politique. Le député et imam Mbaye Niang en a profité pour réclamer le renforcement des lois antisodomie en organisant une violente manifestation. Au Sénégal, comme dans beaucoup de pays africains, l’homosexualité est théoriquement passible de prison (jusqu’à cinq ans). Dans les faits, elle est plus ou moins tolérée chez les hommes mariés, notamment dans les milieux artistiques. Une tolérance qui s’émousse : en janvier, neuf Sénégalais ont été condamnés à huit ans de prison chacun après une descente de la police dans une résidence privée.

 

Plus nombreux

« Ce sont les imams et les gens ignorants qui disent qu’ils vont tuer les homosexuels, explique Pape. Les homosexuels sont de plus en plus nombreux au Sénégal. Mais leur vie n’est pas facile, ils se cachent comme des rats. S’ils sortent, on les bat », ajoute-t-il.

« Dans nos pays, les pratiques homosexuelles peuvent exister, explique Oumar Ndiaye, cofondateur d’une association d’Africains gays à New York. Mais l’homosexualité comme elle est vécue en Occident – visible et revendiquée, comme à travers la Gay Pride – est effectivement impossible. »

Aujourd’hui, rien ne peut plus faire baisser la tête à Pape Mbaye. Lors d’une réception organisée en novembre à New York devant le secrétaire général des Nations unies, le Sénégalais a chanté ses remerciements à Ban Ki-Moon – sans plus de protocole.

Un programme du gouvernement américain a pris en charge son loyer, ses frais de transport, de nourriture, de santé, et même son argent de poche pendant les quatre premiers mois de son séjour new-yorkais. Mais l’argent compte peu. « La première chose dans la vie, c’est la liberté et le respect. Et ça, je l’ai trouvé ici, aux États-Unis. »