Politique

Le choix de Sarkozy

Les retards pris dans le processus électoral commencent sérieusement à agacer le président français, bien en peine de choisir « son » candidat.

Par - Christophe Boisbouvier
Mis à jour le 2 mars 2009 à 16:51

C’est la plaisanterie qui court dans les chancelleries françaises : « On sait que les élections ivoiriennes auront lieu en novembre, mais on ne sait pas en novembre de quelle année… » Derrière ce bon mot, il y a un vrai agacement. Et celui de Nicolas Sarkozy est perceptible. Deux signes ne trompent pas. En novembre dernier, il reçoit Blaise Compaoré à Paris. À la sortie de l’entretien, le facilitateur de la crise ivoirienne reste dans le vague. « Le vote se fera très bientôt », dit-il. Quelques minutes plus tard, l’Élysée fait savoir que, « pour le président burkinabè, les élections en Côte d’Ivoire pourraient avoir lieu en avril 2009 ». Date illusoire, bien entendu… Puis en décembre, le président français décide de réduire de moitié le contingent militaire Licorne en Côte d’Ivoire. D’ici à la fin de mars, il passera de 1 800 à 800 hommes. Message officiel : « Puisque tout va bien, on se retire. » Message codé : « Puisque rien ne se passe, on reviendra quand il y aura des élections. En attendant, on ne va pas continuer à dépenser 200 millions d’euros par an pour rien. »

Cette « fatigue » de Nicolas Sarkozy, comme dit l’un de ses proches, elle se perçoit aussi à la lecture de son agenda. En 2007, il a rencontré deux fois son homologue ivoirien, Laurent Gbagbo. Mais depuis, rien. Lors du tête-à-tête de Lisbonne, en décembre 2007, l’Ivoirien a lancé au Français : « Nous voterons en novembre 2008. » Après l’entretien, le Français a lâché en petit comité : « Il m’a promis. Il faut qu’il tienne parole. » On connaît la suite. Du coup, Sarkozy ne semble pas pressé de revoir Gbagbo avant qu’une vraie date soit fixée pour le vote. « La relation franco-ivoirienne progresse au même rythme que le processus électoral, dit-on à Paris. Or on ne voit pas de saut qualitatif. »

Le président français a-t-il une préférence ? Bien malin qui peut répondre. Ses liens d’amitié avec Alassane Ouattara sont bien connus. Ils remontent à l’époque où Cécilia Sarkozy et Dominique Ouattara se fréquentaient. Et ils perdurent. Le chef du RDR a été reçu deux fois à l’Élysée, en novembre 2007 et le 6 février dernier. Ses rapports avec Henri Konan Bédié sont plus distants, mais, lors d’un séjour à Paris en novembre dernier, le candidat du PDCI a reçu la visite de Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée. Commentaire d’un diplomate français : « Comme Chirac, Sarkozy sait bien que le risque d’une nouvelle crise est fort si Gbagbo ou Ouattara gagne, et qu’il est quasi nul si c’est Bédié. » Quant à sa relation avec le président ivoirien, elle est entretenue par l’avocat français Robert Bourgi – qui est à la fois le conseiller de Gbagbo et l’ami de Guéant –, mais aussi par des patrons comme Martin Bouygues et Vincent Bolloré, qui ne manquent pas de dire qu’on peut faire de bonnes affaires actuellement à Abidjan. « Sarkozy ? Son cœur est avec Ouattara, sa raison avec Bédié et ses intérêts avec Gbagbo », dit un connaisseur. Pas sûr qu’il veuille choisir.