Politique

Un poison nommé Hassani

La décision de la cour d’appel de Paris, le 28 février, de lever le contrôle judiciaire sur le diplomate algérien Mohamed Ziane Hassani, a été saluée comme une victoire à Alger. Cette affaire politico-judiciaire avait sérieusement assombri les relations franco-algériennes.

Par - Cherif Ouazani, envoyé spécial à Alger
Mis à jour le 9 mars 2009 à 15:03

Soupçonnant Hassani, directeur du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, d’être le commanditaire de l’assassinat à Paris, en 1987, de l’opposant Ali André Mecili, la justice française avait lancé un mandat d’arrêt contre le diplomate, en décembre 2007. Interpellé à l’aéroport de Marseille le 14 août 2008, Hassani est alors transféré à Paris, mis en examen et contraint de rester à la disposition du magistrat instructeur. Il clame son innocence, invoque une méprise due à une homonymie et subit des tests ADN, qui se révéleront négatifs.

L’un des témoins à charge, Hichem Abboud, ancien directeur de cabinet du général Mohamed Betchine, patron des services de renseignements algériens à l’époque des faits, maintient ses accusations contre un certain capitaine Rachid Hassani, tout en affirmant qu’il ne s’agit pas du diplomate incriminé. Le second témoin, un capitaine déserteur des mêmes services, confirme l’implication de Hassani, mais refuse la confrontation en invoquant des menaces pour sa sécurité s’il venait à Paris (il vit en exil en Allemagne).

Le statu quo perdurant, Alger perd patience. Dans un premier temps, le gouvernement, convaincu de l’innocence de son diplomate, déclare avoir pleinement confiance dans la justice française. Mais, très vite, le langage se fait moins courtois. Le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, se rend à Paris et demande à être reçu de toute urgence. Embarrassé, son homologue Bernard Kouchner s’abrite derrière le principe de séparation des pouvoirs. Ce qui n’empêche pas Medelci d’affirmer, quelques jours plus tard, qu’Hassani est « l’otage » d’une « justice soumise à la pression de certains cercles ». Djamel Ould Abbes, ministre de la Solidarité nationale et de la Communauté algérienne à l’étranger, menace Paris de représailles économiques. Les contacts politiques entre les deux capitales en pâtissent. Plusieurs visites ministérielles sont annulées de part et d’autre. La préparation de la visite d’État que doit faire Abdelaziz Bouteflika en France est quasiment gelée.

À son tour, l’opinion s’empare de « l’affaire ». La presse indépendante lance une pétition exigeant des pouvoirs publics une plus grande mobilisation. Et les milieux conservateurs s’en prennent à cette « France qui se plaît à humilier l’Algérie ». Bien malgré lui, Hassani alimente le discours souverainiste. Le malheureux n’en demandait pas tant. Lui qui aspirait à quelques jours de vacances se retrouve embarqué dans une affaire abracadabrante, mêlant règlements de comptes entre barbouzes (Mecili est un ancien des services, parti en exil après une dissidence) et raison d’État.

À l’issue de la délibération de la cour d’appel, le gouvernement d’Ahmed Ouyahia (le Premier ministre est un ami de longue de Hassani) s’est réjoui, le 1er mars, de la levée du contrôle judiciaire frappant Hassani. Alors que l’intéressé s’est abstenu de tout commentaire, son avocat, Me Khaled Lasbeur, souligne que cette victoire ne constitue qu’une première étape avant le non-lieu. Selon ses proches, Hassani aurait décidé de rester en France jusqu’à la fin du procès.