Économie

Deux anniversaires…

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Mis à jour le 16 mars 2009 à 11:51
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

La sagesse populaire affirme que « le crime ne paie pas ». Ce n’est, hélas, pas toujours vrai.

Le crime dont je vais vous parler date de six ans et paraissait jusqu’ici une coûteuse et criminelle folie.

C’en était une. Mais le crime peut parfois payer.

Jugez-en.

 

À l’aube du 20 mars 2003 se perpétrait sur le plan international un acte illégal – et immoral – que les historiens qualifieront sans doute de crime politique : sur la décision solitaire et l’ordre de leur commandant en chef, George W. Bush, alors président des États-Unis, les troupes américaines envahissaient, arbitrairement et sans mandat, l’Irak, pays indépendant et membre des Nations unies.

Pour l’occuper militairement et remplacer son gouvernement par un autre, choisi par les envahisseurs.

Il ne fallut aux armées américaines que trois semaines pour prendre Bagdad, la capitale, abattre le régime et disloquer son armée.

Dès le 1er mai, sans se rendre compte que c’était de la vantardise, George W. Bush crut pouvoir proclamer : « Mission accomplie ! »

 

Revenu de son illusion, il devra, jusqu’à la fin de son second mandat – pendant près de six ans –, mener sa « guerre d’Irak », dévastatrice et meurtrière : 150 000 soldats américains détruiront le pays et tueront un nombre incalculable d’Irakiens (insurgés et simples civils) ; ils compteront dans leurs propres rangs des pertes importantes (plus de 4 200 morts et de 30 000 blessés).

La guerre n’est pas finie à ce jour, mais elle aura été pour les États-Unis l’une des plus coûteuses de son histoire, en prestige et en dollars dépensés (plus de 650 milliards en dépenses directes, à ce jour).

 

Le crime a cependant fini par payer, car, même à ce prix élevé, les États-Unis ont, en vérité, atteint leurs objectifs : ils ont commencé à retirer leurs troupes du pays après avoir installé à sa tête un pouvoir ami et sur lequel ils ont barre, en remplacement du régime qui leur était hostile.

Les Américains ont équipé et formé la nouvelle armée irakienne, encadrée par des officiers dont ils savent tout puisqu’ils les ont choisis.

Ils conserveront des bases militaires en Irak comme ils en ont gardé en Corée du Sud, au Japon, comme celles dont ils disposent au Qatar, au Koweït, en ­Arabie saoudite.

Et, n’en doutez pas, le pétrole irakien sera placé – indirectement bien sûr –, comme celui de l’Arabie saoudite ou du Koweït, sous contrôle américain.

Conclusion : George W. Bush et son administration ont pu se fourvoyer en Irak, faire montre d’impréparation et même d’incompétence, mais l’empire américain dispose de tant de moyens et de réserves de puissance qu’il finit, le plus souvent, par obtenir ce qu’il veut…

Dans ce cas, il a mis le grappin sur un grand pays arabe très riche en pétrole.

 

 

Le second anniversaire est celui de la grande affaire du moment. Elle nous concerne tous au premier chef, car elle affecte ou affectera bientôt chacun de nous dans sa vie quotidienne : la crise économique mondiale.

On ne le sait pas assez, mais elle est née d’un virus apparu pour la première fois, il y a deux ans, dans l’immobilier américain. Il s’est propagé ensuite d’un continent à l’autre, de l’immobilier à la finance et de la finance au reste de l’économie, répandant le mal qui est en train de ronger la planète.

En février 2007, il y a donc deux ans, nous avons appris, sans en mesurer alors l’extraordinaire gravité, l’affaire dite des « subprimes » : en violation de leurs règles professionnelles et au mépris de toute morale, un très grand nombre de banquiers américains ont octroyé plusieurs millions de crédits immobiliers à des millions de personnes dont ils savaient pertinemment qu’elles seraient incapables de les rembourser.

Ils ont ensuite, sans états d’âme, fourgué ces « créances toxiques » à leurs confrères aux États-Unis et dans le reste du monde. Le virus qu’ils ont ainsi inoculé a circulé à très grande vitesse, infectant le système financier de la planète.

Qui s’est grippé.

Des dizaines de banques ont fait faillite et presque toutes ont cessé de fonctionner normalement.

Sachez-le : les propagateurs du virus mortel – un vrai sida financier – n’ont à ce jour pas été sanctionnés. Ces criminels ont même gardé les centaines de millions de dollars qu’ils avaient gagnés avant l’explosion de la crise, et leur crime a lui aussi payé.

 

Le monde a été mis sens dessus dessous et l’on se demande depuis près de deux ans si on peut encore faire confiance à ce système capitaliste – fondé sur l’entreprise privée, l’économie de marché et le profit – dont on disait qu’il était sans substitut.

Rares sont les économistes qui ont annoncé la crise ou mesuré son ampleur. Mais, depuis qu’elle sévit, ils sont tous sur les dents et nous inondent de prescriptions variées.

Les chefs d’État et les ministres des Finances des vingt pays les plus riches ou émergents, dont les économies représentent 90 % de la production mondiale – le G20 –, se réuniront le 2 avril prochain à Londres pour tenter de s’entendre sur les moyens de sortir leurs économies de la récession et nous tous de la nasse.

Mais quoi qu’ils fassent, la production recule, les échanges commerciaux baissent et le chômage, redevenu endémique, explose : à l’échelle du monde, il va toucher, dès cette année, quelque cinquante millions de personnes !

Attendons-nous à de graves troubles sociaux.

 

La crise a-t-elle déjà atteint son paroxysme ou bien le pire est-il encore à venir ?

Oubliés des plans de relance, les pays pauvres trinqueront-ils et comme d’habitude plus que les autres ?

Nouriel Roubini, professeur d’économie à l’université de New York, a prévu avant tout le monde ce que nous vivons aujourd’hui. Ce qu’il annonce en ce mois de mars n’en a que plus de crédit et fait frémir. Lisez :

« La pandémie financière internationale que j’avais, comme d’autres, annoncée, est maintenant une réalité. […] Les bulles, et il y en a beaucoup, ont à peine commencé à éclater. […] Comme l’économie américaine se contracte, c’est l’ensemble du monde qui va entrer en récession. En Europe, au Canada, au Japon et dans les autres pays industrialisés, elle sera sévère. Quant aux pays émergents, qui entretiennent avec ces derniers des liens commerciaux, financiers et monétaires, ils n’échapperont pas non plus à de rudes difficultés ».

 

Jim Rogers est, lui, un opérateur économique spécialisé dans le commerce international des matières premières. Évoquant l’après-crise, il nous annonce depuis Singapour, où il est basé… un retour en force de l’agriculture :

« C’est dans l’agriculture désormais qu’il faut investir. Pendant des décennies, ce sont ceux qui brassaient de l’argent ou du papier financier qui étaient les rois de l’univers. Cela va changer.

Ce sont les gens qui produisent des choses concrètes qui vont être au top. Vous allez voir des agents de change conduire des taxis. Les plus intelligents d’entre eux apprendront à conduire des tracteurs, parce qu’ils travailleront pour des fermiers.

Ce seront les fermiers de 29 ans qui auront des Lamborghini. Vous avez donc intérêt à trouver un gentil fermier et à vous y accrocher, parce que c’est là que se trouvera l’argent pour les vingt prochaines années. »

 

Si sa prédiction se réalisait, ce dont je doute, la crise que nous vivons aura révolutionné le capitalisme.