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Le ménage continue…

Par - Cheikh Yérim Seck
Mis à jour le 16 mars 2009 à 15:49

Quatre anciens ministres dans le collimateur de la junte pour leur gestion des deniers publics.

Après les hommes d’affaires et les trafiquants de drogue, c’est au tour des ex-membres des gouvernements de Lansana Conté d’être entendus par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte qui s’est emparée du pouvoir le 23 décembre 2008.

Au titre de la gestion du budget alloué aux festivités marquant le cinquantenaire de la Guinée, organisées en octobre 2008, l’ex-ministre de la Commu­nication, Tibou Kamara, les anciens secrétaires généraux à la présidence, Alpha Ibrahima Keira et Sam Soumah, ainsi que l’ex-directeur du protocole de Conté, Idrissa Thiam, ont été convoqués le 6 mars. Le même jour étaient entendus Ousmane Sylla, Louncény Nabé et Ahmed Kanté, tous d’anciens ministres des Mines. Mais également Ahmed Tidiane Souaré, qui a été à la tête de ce département de mars 2005 à mai 2006, avant d’exercer les fonctions de Premier ministre de mai à décembre 2008.

Ces quatre dernières personnalités ont été interrogées sur la gestion du Fonds minier – un pactole destiné à financer la recherche minière, qui a souvent été détourné de son objectif. Elles ont été appelées à s’expliquer sur l’utilisation qu’elles ont faite de plus de 26,5 milliards de francs guinéens (4,35 millions d’euros) extraits de ce Fonds.

Sommé de justifier 12,5 milliards de francs guinéens, l’ex-chef du gouvernement a tenu à préciser à Moussa Dadis Camara, le chef de la junte : « Ce montant n’a jamais été détourné à des fins d’enrichissement personnel. Il s’agit d’un état de dépenses à justifier. La part du Fonds minier gérée par le ministre des Mines correspond à un montant de 200 000 dollars par mois affecté au fonctionnement du ministère et tiré des 6 millions de dollars perçus par l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières [Anaim]. En septembre 2005, sur ordre de l’autorité, j’ai écrit au ministre des Finances pour demander 250 000 dollars supplémentaires destinés à des dépenses de souveraineté que je peux, Monsieur le Président de la République, vous détailler en privé. » Avant de conclure : « Celui qui ordonnait toutes les dépenses que j’ai effectuées avec l’argent dont on me demande de justifier l’usage n’est plus de ce monde. Mais j’assume. »

Resté toute sa vie paysan dans l’âme, Lansana Conté, peu regardant sur les règles de l’administration, ordonnait beaucoup et n’écrivait jamais. Le Comité d’audit chargé de faire la lumière sur la gestion du pays au cours des années Conté bute sur cet écueil. Sur la gestion du cinquantenaire, par exemple, Tibou Kamara et Idrissa Thiam ont déclaré que les 500 000 dollars et 500 000 euros correspondant aux contributions respectives des chefs d’État gambien, Yahya Jammeh, et équatoguinéen, Teodoro Obiang Nguema, ont été remis au défunt président. Autant de mystères qu’il reviendra à la justice d’élucider.

Enfin, un autre ex-Premier ministre est dans la ligne de mire du CNDD. Ministre de façon ininterrompue de 1996 à 2004, chef du gouvernement de 2004 à 2006, Cellou Dalein Diallo va être prochainement appelé à s’expliquer sur des dossiers divers : vente d’Air Guinée, gestion du Fonds routier, cession d’un navire de la Société guinéo-norvégienne de transport maritime (Guinomar)…