Politique

Mayotte dit oui, Moroni dit non

En devenant d’ici à 2011 le cent-unième département français, la quatrième île de l’archipel s’éloigne encore un peu plus de ses voisines.

Pour les Comores, le coup est rude. Le 29 mars, 95,2 % des Mahorais se sont prononcés par référendum pour l’arrimage à la France. En 2011, Mayotte deviendra département français, comme l’île de La Réunion. Bien sûr, les Comoriens peuvent se consoler en se disant que 39 % des Mahorais se sont abstenus et que ceux qui ont voté pensaient avant tout aux aides sociales de la métropole. Mais par ce vote massif, l’île aux Parfums a aussi demandé le divorce à ses trois compagnes de l’archipel des Comores.

La rupture est-elle sans appel ? En 1974, les Mahorais n’étaient pas si unanimes. 64 % avaient dit non à l’indépendance. En fait, tout autant que la misère, ils craignent l’hégémonie de leurs cousins d’Anjouan et de la Grande Comore. Et, jusqu’à présent, il faut bien dire qu’Ahmed Abdallah Sambi n’a pas fait grand-chose pour les rassurer. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2006, le président comorien a multiplié les appels à la lutte contre « la politique coloniale de la France ». Avec succès, à l’ONU comme à l’Union africaine. Et le 31 mars la Ligue arabe, réunie au Qatar, a rejeté « l’occupation française » de Mayotte.

Néanmoins, Ahmed Abdallah Sambi se garde bien de rompre avec Nicolas Sarkozy. La preuve, le jour du référendum, il n’a pas organisé de grande manifestation antifrançaise à Moroni. Seules quelques centaines de personnes ont défilé devant l’ambassade de France et brûlé un drapeau tricolore. Certes, en décembre dernier, le président comorien a suspendu les discussions du groupe de travail de haut niveau entre Moroni et Paris. Mais, en coulisses, les travaux continuent. « Et Sambi et Sarkozy s’écrivent beaucoup », confie un proche du dossier.

À terme, les Français proposent aux Comoriens un accord de coopération et de contrôle des flux migratoires afin de mettre fin à l’afflux de clandestins à Mayotte. Paris lance même l’idée d’une « communauté d’archipels » entre les Comores et Mayotte, avec une aide financière à la clé. « Difficile pour Sambi de signer cela juste après le référendum, analyse un observateur politique à Moroni. Mais avec le temps, qui sait ? »

Pour tout dire, les Français poussent à la réconciliation. « Il faut que Moroni arrête de braquer les gens de Mayotte et cherche au contraire à les séduire », soupire un décideur à Paris. « Le jour où 50 % des Mahorais plus une voix voteront pour l’indépendance, Paris sera très heureux de satisfaire à leur demande », ajoute-t-il. En 2007, le candidat Sarkozy a cru qu’il avait besoin des 71 000 voix des inscrits mahorais pour gagner. Il a promis la départementalisation et a tenu parole. Mais rien ne dit que Mayotte est française pour l’éternité.

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