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Anouar Hassoune (Moody’s) : « Il ne faut pas s’attendre à un afflux massif de capitaux halal en Afrique subsaharienne »

Par - Propos recueillis par Faïza Ghozali
Mis à jour le 24 août 2018 à 16:40

Vice-président du cabinet de notation Moody’s à Paris, Anouar Hassoune livre son analyse sur la finance islamique.

Jeune Afrique : Quel est l’impact de la crise financière internationale sur les institutions financières islamiques ?

Anouar Hassoune : L’impact est réduit et varie selon les établissements. Tous n’ont pas géré la crise de la même façon. De manière générale, 30 % des actifs des banques islamiques étaient constitués de liquidités en 2007. À la fin de 2008, la proportion n’était plus que 13 % à 15 % pour les petites banques, qui ont puisé dans leur cash pour octroyer davantage de crédits et gagner en parts de marché. C’est le cas de Dubai Bank. A contrario, les banques plus importantes, comme Kuwait Finance House, ont voulu protéger leur bilan et leur position en capital, au détriment de la croissance et des profits. Conséquence, des institutions comme Ithmaar Bank ou Albaraka Banking Group, qui avaient prévu des émissions de soukouk (obligations, NDLR) pour plusieurs millions de dollars en 2008, ont dû les ajourner.

L’Afrique est-elle un marché porteur ?

Si la finance islamique décrochait 10 % du marché des 412 millions de musulmans africains, cela représenterait 40 millions de clients ! Même si des pays comme la Gambie, le Kenya, le Sénégal ou Maurice développent déjà une offre financière charia-compatible et si le Mali ou le Niger, notamment, sont intéressés, il ne faut pas s’attendre à un afflux massif de capitaux halal en Afrique subsaharienne.

Quels sont les freins à l’intégration de la finance islamique dans le système financier mondial ?

Avant tout, le manque de talents. Les compétences sont spécifiques et encore peu nombreuses. La finance islamique souffre aussi d’un manque d’innovation. Elle doit créer des produits, des services et des solutions qui ne se contentent pas de dupliquer les pratiques conventionnelles. Enfin, il faut une standardisation des normes et des pratiques, préalable nécessaire à la globalisation de cette industrie en pleine croissance.