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Le nouveau plan de vol d’Air Ivoire

| Écrit par Jean-Michel Meyer et Baudelaire Mieu, à Abidjan
La compagnie va mettre en place un plan de restructuration ambitieux

La compagnie va mettre en place un plan de restructuration ambitieux © DR

L’État conforte le nouvel actionnaire de la compagnie, le groupe Atlantique. À lui maintenant de relancer l’activité, d’éponger le déficit et de trouver des partenaires.

Le président Gbagbo a tranché au cours de la première semaine de mai. Air Ivoire doit redevenir l’un des fleurons du pays à l’international, mais avec des capitaux… ivoiriens. Le chef de l’État cloue ainsi au sol la solution préconisée par la présidente du conseil d’administration de la compagnie ivoirienne, Henriette Adjoua Lagou. Cette proche de Laurent Gbagbo, ministre de la Famille jusqu’en 2003, menait depuis quelque temps des négociations avec la compagnie charter française Air Méditerranée, qui était prête à livrer 4 Fokker 100 pour un montant de 8 milliards de F CFA. Son but ? Évincer CFI Aérien, le consortium d’actionnaires d’Air Ivoire piloté par le groupe bancaire Atlantique. Depuis août 2008, il possède 50,5 % du capital de la compagnie, contre 49,5 % à l’État.

Fin du conflit ouvert. La décision du président de la République conforte CFI Aérien et valide son plan de restructuration, que Jeune Afrique a pu consulter. Lorsque le groupe Atlantique de Koné Dossongui prend les rênes d’Air Ivoire, la compagnie est en quasi-cessation de paiements faute de trésorerie pour honorer ses fournisseurs. Elle accumule 15 milliards de F CFA de dettes fiscales et sociales et 11 milliards de dettes auprès des fournisseurs. Une lourde tâche attend Joël Cadier, le bras droit du PDG du groupe Atlantique détaché pour redresser l’entreprise. L’année 2008 s’est soldée par des pertes de 20 milliards de F CFA pour un chiffre d’affaires de 32,5 milliards. Les pertes sont très nettement supérieures aux fonds propres de la compagnie, ce qui impose une recapitalisation de l’entreprise.

Pour l’instant, un audit des comptes est en cours. Pour expliquer la calamiteuse année 2008, les repreneurs pointent « les mauvais choix stratégiques opérés par l’ancienne direction ». Principal grief : le maintien sur décision politique de la ligne déficitaire sur Paris contre l’avis des actionnaires majoritaires – Air France et le fonds d’investissement américain spécialisé sur l’Afrique, Emerging Capital Partners (ECP). Ces derniers ont respectivement cédé leur participation en mai et en août 2008. Par ailleurs, avant la reprise par CFI Aérien, l’entreprise ivoirienne a été confrontée à de nombreux incidents techniques, qui ont notamment frappé son Airbus A-321. Après un atterrissage difficile sur l’aéroport de Cotonou en 2008, l’appareil a été immobilisé, faisant perdre à l’entreprise 2 milliards de F CFA par mois. Un incident qui avait aussi entraîné la suspension des vols long-courriers.

Pour faire sortir Air Ivoire de l’ornière, les nouveaux actionnaires ont conclu un partenariat technique avec la Lufthansa. Et si à terme l’ensemble du management sera assuré progressivement par des Ivoiriens, trois postes de direction sont pour l’instant occupés par des cadres de la compagnie allemande. Au cours des cinq premiers mois à la tête de la compagnie, le groupe Atlantique et ses partenaires ont par ailleurs déjà injecté 17 milliards de F CFA. Cette bouffée d’oxygène a servi à apurer et rééchelonner une partie de la dette auprès des fournisseurs. Des délais de six à vingt-quatre mois ont ainsi été négociés auprès des fournisseurs stratégiques. Cette somme doit aussi contribuer à renouveler et développer la flotte, qui s’élève désormais à cinq appareils. Trois milliards de F CFA ont permis la remise en état de l’A-321. Deux Boeing 737-300, exploités en leasing avec le groupe serbe Jat Airways, volent sous pavillon ivoirien. Et 3 milliards de F CFA supplémentaires seront débloqués par le groupe bancaire pour acheter d’autres appareils. Dans son plan stratégique de restructuration, CFI prévoit de choisir dans les mois à venir une seule famille d’appareils, et donc de trancher entre Boeing et Airbus.

Ces mesures ont déjà dynamisé le nombre de liaisons (voir tableau) aussi bien à destination de l’Europe que dans la région. Depuis 2007, le nombre de vols hebdomadaires s’est en effet accru de 36 %. Selon les statistiques 2008 de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, Air Ivoire arrive en tête des compagnies qui desservent cet aéroport avec 236 000 passagers transportés, contre 216 000 en 2007. Les repreneurs de la Société nouvelle Air Ivoire entendent, dans un premier temps, faire de l’aéroport international d’Abidjan un hub pour les dessertes sous-régionales, avant de se lancer, à moyen ou long terme, dans les vols long-courriers vers l’Asie.

La partie s’annonce serrée. Mais l’optimisme est de mise chez CFI Aérien. « Dans les six mois, nous aurons totalement équilibré l’exploitation, notre vision est de faire d’Air Ivoire, une compagnie sûre et fiable », rassure un membre de la direction, qui a préféré conserver l’anonymat. En plus des partenariats avec la Lufthansa et le serbe Jat Airways, l’actuelle direction a ouvert des discussions avec une major de l’aviation asiatique dans l’optique de la signature d’un contrat au cours des semaines à venir. Les nouveaux actionnaires étudient aussi sérieusement l’ouverture du capital de la compagnie à un fonds d’investissement. Et une fois la phase de consolidation achevée, les dirigeants envisageraient d’ouvrir le capital aux grands groupes ivoiriens comme les assurances NSIA, Colina ou encore La Loyale.

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