Politique

L’imbroglio Guantanamo

Détruire légalement une zone de non-droit est beaucoup plus compliqué que de la créer. L’ancien avocat Barack Obama l’a publiquement admis. 

Par
Mis à jour le 25 mai 2009 à 17:20

© D.R.

« Je savais que ce serait difficile. Au lieu de nous protéger, la prison de Guantánamo a affaibli la sécurité des États-Unis », a expliqué le président américain, le 21 mai, pour justifier sa détermination à fermer cette base militaire en territoire cubain, où sont encore détenus, dans un cadre extrajudiciaire, quelque 240 terroristes islamistes présumés (dont cent Yéménites, vingt-cinq Afghans, vingt Algériens et une douzaine de Saoudiens).

Évoquant le « grand bazar » laissé par George W. Bush, il a assuré que « garder cette prison ouverte reviendrait plus cher que de la fermer ». Une mise au point nécessaire, après un premier veto du Sénat, pourtant à majorité démocrate, qui lui avait refusé une ligne de crédit de 80 millions de dollars pour financer la fermeture du centre, soit la bagatelle de 330 000 dollars par prisonnier.

Les sénateurs reprochaient au plan de la Maison ­Blanche son imprécision quant à la destination finale de ces détenus dont personne ne veut.

Pour ceux qui ont été innocentés, mais sont souvent menacés de mort dans leur pays d’origine, Washington compte sur l’hospitalité de ses alliés de l’Otan. Mais les offres d’asile se comptent sur les doigts d’une main. À l’instar du Royaume-Uni, la France a fait un geste en accueillant l’Algérien Lakhdar Boumédiène, arrêté en Bosnie en 2002 avant d’être blanchi par la Cour ­suprême.

Pour les autres, « les ennemis combattants » encore en attente de jugement ou déjà condamnés par des tribunaux d’exception, il faudra trouver un lieu de détention. Malgré les réticences de son opinion, Barack Obama veut les transférer dans des prisons de haute sécurité sur le territoire américain.

« Gardez ceci à l’esprit : personne ne s’est jamais échappé de l’une de nos prisons fédérales de type “Supermax” », a tenté de rassurer le président, conscient du coût politique que lui vaudrait l’éventuelle évasion d’un « ennemi combattant ».