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Les ICS tanguent sous pavillon indien

Principal client, puis repreneur des Industries chimiques du Sénégal (ICS), Iffco redresse le groupe mais le modèle selon ses besoins. Ce qui fait grincer des dents.

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Mis à jour le 26 mai 2009 à 17:19

Cela fait un an. « Depuis, on peut considérer que les Industries chimiques du Sénégal (ICS) sont devenues une société indienne exploitant le phosphate sénégalais », estime Momath Bâ, président de l’amicale des cadres de l’entreprise, recapitalisée en avril 2008 à hauteur de 44,5 milliards de F CFA (plus de 100 millions de dollars) par le consortium indien Iffco. Ce dernier détient à présent 85 % de ce qui fut le fleuron industriel sénégalais. Et qui pourrait le redevenir après une décennie de lente mais inexorable agonie. Mais à quel prix ?

Mauvaise gestion ; investissement catastrophique en 2000 pour doubler la capacité de production à 600 000 tonnes d’acide phosphorique sur le site de Darou, dans la région de Thiès ; vieillissement des installations ; non-renouvellement du matériel d’extraction sur la mine de Taïba… Avec une dette estimée à 200 milliards de F CFA, les ICS, qui employaient plus de 2 000 personnes, ont frôlé la banqueroute. L’État sénégalais – premier actionnaire à hauteur de 47 % – ne pouvait plus suivre. Partenaire historique et client quasi exclusif des ICS, Iffco est devenu propriétaire après de longues négociations. Nouvelle puissance agricole, l’Inde est un gros demandeur d’acide phosphorique, utilisé dans la fabrication d’engrais.

En un an, l’actionnaire indien a tenu ses engagements financiers. « Le dernier virement a été effectué le 29 avril 2008. L’intégralité des 44,5 milliards de F CFA est sur un compte de Citibank à Dakar et il permet d’entamer la réhabilitation des installations et d’assurer le fonctionnement de l’entreprise », assure le directeur général des ICS, Alassane Diallo, démentant les informations selon lesquelles cette recapitalisation engloberait des avances de trésorerie précédemment effectuées par Iffco. « C’est faux, il s’agit de cash. Quant aux avances d’Iffco de 16 millions de dollars, elles seront remboursées lorsque tous les autres créanciers auront été payés, dans quinze ans. Tout cela est prévu dans l’accord », explique Diallo, persuadé que les ICS sont – de nouveau – sur la bonne voie.

En 2008, malgré une production qui n’a pas dépassé les 200 000 tonnes, les ICS ont dégagé un bénéfice de 5 milliards de F CFA. « Certes, la flambée des matières premières agro-industrielles nous a facilité la tâche, mais nous nous battons pour que la production augmente », assure le directeur général. L’objectif est de parvenir à 500 000 tonnes cette année et 600 000 tonnes dès 2010, une production entièrement achetée par les Indiens. « J’ai du mal à y croire. Nous souffrons d’un déficit d’approvisionnements en phosphate. Nous serons plutôt à 300 000 ou 400 000 tonnes », répond Bâ, guère séduit par le management « made in India ».

Manque de transparence, doublons indiens sur tous les postes d’encadrement, expertise sénégalaise remise en cause… La liste des griefs s’étale dans la presse, faisant écho aux contentieux sur les autres partenariats internationaux que sont Sonatel et Air Sénégal International (ASI). « Cela n’a rien à voir. Les Marocains ont voulu faire d’ASI une simple filiale de Royal Air Maroc, France Télécom pénalise les ambitions de Sonatel, capable de devenir un MTN régional. Mais pour ce qui est des ICS, la montée au capital d’Iffco est en cohérence avec le modèle économique d’origine de la société », tranche un consultant sénégalais. Il n’empêche, depuis quelque temps, l’opinion publique sénégalaise se montre très sourcilleuse, pour ne pas dire ombrageuse, à l’égard des investisseurs étrangers. Les Indiens n’ont pas intérêt à se tromper.