Politique

Quand le boss est malade

Par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

« Le grand secret. » C’est sous ce titre explicite qu’un certain docteur Gubler, qui fut le médecin personnel de François Mitterrand, écrivit un livre sulfureux et aussitôt interdit dans lequel il racontait avec force détails comment il fut contraint de falsifier pendant des années les bulletins de santé de son illustre patient, afin de masquer le cancer qui le rongeait peu à peu. Serait-on en train de nous rejouer, à Libreville cette fois, la même scène de comédie humaine ? Nombreux sont les Gabonais qui le pensent, pour une raison très simple : ils sont peu, ou mal, informés de ce dont souffre leur président. Ils ne croient pas aux rares communiqués officiels, tous plus lénifiants les uns que les autres. Et ils privilégient donc systématiquement les hypothèses les plus lugubres, fondées sur les rumeurs les plus folles. 

Ont-ils tort ? C’est probable, tout au moins à court terme. Le scénario d’un Omar Bongo Ondimba s’amusant depuis sa chambre d’hôpital à regarder ses dauphins se déchirer et ses ennemis l’enterrer, avant de revenir au pays et d’y faire le grand ménage, est loin d’être une fiction. Mais sa garde rapprochée, si prompte à accuser les médias de « semer le trouble » à des fins évidemment « inavouées », coupables en somme de n’avoir fait, bien ou mal, que leur travail, n’a pas offert un spectacle particulièrement rassurant. Comment faire croire qu’un chef d’État prenne une décision aussi lourde qu’une suspension officielle de ses activités, avec évacuation sanitaire à la clé, s’il s’agit de se donner simplement un peu de repos mérité ? À force de vouloir taire une réalité qui dans le fond n’a rien d’indicible – chacun a le droit d’être malade, convalescent ou guéri –, on s’expose à nourrir les fantasmes et les contre-vérités. Et que l’on ne vienne pas nous rabâcher les couplets habituels sur la pudeur bantoue et le respect de la vie privée : la santé d’un président, c’est aussi l’affaire du peuple qui l’a élu – ou alors, il ne fallait pas chercher à l’être.

Certes, comme le démontrent les exemples du prince héritier Sultan d’Arabie saoudite et du dictateur nord-coréen Kim Jong-Il, l’absence de transparence en la matière n’est pas l’apanage de l’Afrique – même si elle a, çà et là, tendance à se dissiper : lors de la maladie de Fidel Castro, par exemple, les autorités cubaines ont intelligemment laissé les chirurgiens espagnols du « Líder máximo » communiquer dans les limites de la décence. Mais c’est en Afrique, du nord au sud, que le tabou est le mieux partagé, comme si la santé d’un chef ne pouvait être que le reflet de son pouvoir, c’est-à-dire absolue. Résultat : faites un rapide sondage confidentiel dans les rues de n’importe quelle capitale du continent en ne posant qu’une seule question : « Comment se porte votre chef d’État ? » Il y a de fortes chances pour que les réponses soient impubliables, tant elles seront alarmistes. C’est le revers de l’opacité…

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