Politique

Dupuydauby en disgrâce

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La grande histoire d’amour entre le Togo et Progosa s’est achevée brutalement le 26 mai. À Lomé, dans la soirée, les forces de police ont fait irruption dans la villa de Jacques Dupuydauby, fondateur de ce groupe franco-espagnol spécialisé dans l’économie maritime. Ils y ont saisi plusieurs ordinateurs et des archives comptables de ses filiales SE2M, SE3M et CEOP.

Contrairement aux premières rumeurs, Dupuydauby n’aurait pas fui le Togo. Les mentions portées sur son passeport (n° 08AZ390395, établi à Madrid le 3 juin 2008) indiquent que l’homme d’affaires français se trouvait au Burkina le 26 mai. Il y était arrivé dans la matinée, à bord de son avion privé, pour être reçu en audience par Blaise Compaoré.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit, alors qu’il dînait avec l’un de ses conseillers – l’ancien Premier ministre nigérien Abdoulaye Souley –, qu’il a été informé de la perquisition à son domicile. Se sentant menacé, il a quitté précipitamment le Burkina. Destination : Séville, en Espagne, où se trouve le siège de son entreprise.

Pourquoi les autorités togolaises ont-elles monté une telle opération à l’encontre de cet entrepreneur influent puis lancé, dans la foulée, un mandat d’arrêt international contre lui ? « Nous soupçonnons l’existence de fraudes massives et de détournements de fonds », explique Robert Bakaï, le procureur de la République.

Selon des sources concordantes, la situation financière des filiales togolaises SE2M et SE3M serait « catastrophique ». Sous le coup d’un contrôle fiscal conduit depuis plusieurs mois par la Direction générale des impôts du ministère des Finances, le PDG de Progosa serait menacé d’un lourd redressement. Il devrait 1,4 milliard de F CFA au titre de redevances portuaires non acquittées depuis août 2008. Le montant global des sommes que le fisc togolais s’apprêtait à lui réclamer serait de 12 milliards de F CFA, affirme l’hebdomadaire L’Union dans son édition du 29 mai. « Je n’ai aucun commentaire à faire, ce redressement ne m’a toujours pas été notifié », souligne Jacques Dupuydauby, joint par téléphone à son domicile sévillan.

Au-delà de ces péripéties, c’est la guerre que Progosa livre depuis des années au groupe Bolloré qui se dessine en toile de fond. Bolloré devrait profiter de cette situation pour reprendre la main dans ce pays longtemps acquis aux intérêts de son ex-associé devenu ennemi irréductible, très proche de feu Gnassingbé Eyadéma et de Jacques Chirac.

En 2005, le groupe de Vincent Bolloré avait assigné Progosa devant la justice togolaise pour un litige relatif au droit des sociétés. Il avait obtenu gain de cause en première instance, en septembre 2006. Le verdict d’appel, qui a été rendu le 29 mai dernier, lui est à nouveau favorable. 

Demande d’extradition ?

Le vent a donc tourné pour le PDG de Progosa. Y compris sur le plan politique. D’aucuns voient en effet derrière le retour de Bolloré la main du président togolais. Faure Gnassingbé souhaiterait par là adresser un signal fort à l’industriel breton, ami intime de Nicolas Sarkozy, afin de gagner le soutien du chef de l’État français pour la présidentielle togolaise de mars 2010.

« Je ne compte pas retourner au Togo de sitôt », indique Dupuydauby. Quel sera désormais l’avenir de ses activités en Afrique ? Présent dans quatorze pays, celui qui a bénéficié des services et du carnet d’adresses d’ex-responsables de la politique africaine de la France, tels Michel Dupuch, Dominique Pin, Brigitte Girardin ou Rémy Chardon, l’ancien chef de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, a bâti un mini-empire en remportant les marchés de la manutention dans plusieurs ports africains. Le mandat d’arrêt qui le menace pourrait limiter ses déplacements en raison des accords d’extradition avec le Togo.

« S’il n’a rien à se reprocher, il n’a qu’à revenir et nous le questionnerons, résume le procureur Bakaï. Mais s’il le faut, nous irons très loin pour obtenir son extradition. Jusqu’aux textes en vigueur à l’époque de la colonisation. » Apparemment serein, Dupuydauby a saisi ses avocats et s’apprête à contre-attaquer. « Je me suis battu toute ma vie, ce n’est pas à 63 ans que je vais arrêter. »

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