Politique

Le Delta s’enflamme

Les affrontements se multiplient entre l’armée et le Mouvement d’émancipation du delta du Niger.

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Mis à jour le 2 juin 2009 à 12:21

Restore Hope (« Rétablir l’espoir ») : avec un nom de code emprunté à l’opération désastreuse conduite par les États-Unis en Somalie, en 1993, l’offensive de la Joint Task Force (JTF) semblait déjà vouée à l’échec. Quelques jours ont ensuite suffi à le confirmer. La violence a décuplé depuis que, le 13 mai, les forces de défense et la police nigérianes conjuguent leurs efforts pour « chasser complètement » le Mouvement d’émancipation du delta du Niger (Mend), cette nébuleuse de miliciens qui, avec le soutien de politiciens locaux, réclame un meilleur partage des recettes des hydrocarbures à coups de kidnappings et de sabotages des installations pétrolières dans le sud du pays.

Quand ils donnent l’assaut sur des camps supposés du Mend, les hélicoptères de la JTF n’épargnent pas les villages alentour, dont les habitants sont souvent isolés entre les méandres du fleuve. Le 15 mai, 500 villageois se retrouvent à Oporoza pour un festival, quand l’un d’entre eux voit « deux hélicoptères militaires tirer sur les maisons, les hôtels, les gens ». En l’absence de journalistes – auxquels l’armée a, dans un premier temps, interdit l’accès à la région –, le témoignage a été recueilli par Amnesty International. D’après l’ONG, 20 000 habitants des environs de Warri – dans le Delta, l’un des neuf États pétroliers de la région du même nom –, sont pris entre les feux de la JTF et du Mend, tandis que des milliers d’autres ont fui leurs habitations.

À la violence, les rebelles ripostent par la menace d’un « ouragan imminent », en partie effective : le 24 mai au soir, plusieurs pipelines du groupe américain Chevron ont été attaqués, entraînant une baisse nationale de la production de 100 000 barils par jour (en avril, le Nigeria a produit 1,7 million de barils par jour). Le Mend se fixant pour objectif de « stopper les exportations de pétrole », tout laisse penser que ce n’est là que le début. De son côté, la JTF ayant au bas mot perdu 18 hommes depuis le début des opérations, sa détermination est exacerbée. Bref, la radicalisation est en cours, et l’objectif initial s’éloigne un peu plus : pacifier le delta du Niger, alors que le prix du baril de pétrole, qui représente 90 % des exportations du pays, ne cesse de chuter.